Bloggu litterariu corsu

u 17 di Sittembre 2014 - scrittu dà - lettu 381 volte

L’enlèvement


Surprise dans mon sommeil, je n’avais pas réalisé de suite. Des coups sourds, une voix colérique, une odeur de pierre martyrisée. Mon odeur. Et puis, cette sensation de n’être qu’une chose qu’on entraîne malgré elle, au gré d’une violence infâme, celle des grands barbares.

La fourgonnette démarra, qui m’emporta trop vite au clair de lune. J’étais mal installée. Plusieurs formes, dont je ne pouvais définir ni la taille ni l’aspect, me pesaient dessus, sans toutefois me blesser. On avait pris soin de me protéger dans un tissu épais qui sentait ce que sent l’empressement de la fuite, l’inconfort des caches moisies, la grande misère des minables exécutants.

Je n’avais pas l’habitude d’être sollicitée de nuit. Ou si peu. Parfois, je m’offrais quand même lorsqu’un marcheur égaré souhaitait assouvir ses désirs et s’agripper à moi de toute sa peur et de toutes ses dernières forces. Compagne de passage rencontrée au détour d’un chemin, je suis faite ainsi. Je réconforte toujours celui qui dérive du sentier et n’a plus qu’un seul appétit et une seule soif, appuyer son corps à un autre corps, fût-il de pierre.

Le véhicule roulait sans fin, subissant les heurts des routes indigestes. Il me sembla que le vent s’était levé. Un vent mauvais, celui-là. Le vent de ces marauds de sorciers qui chassent et voient des morts partout. Ma propre mort sans doute. Celle que j’affronterai dans quelques instants. Je le savais, lorsqu’on se permet d’être aussi brutal et arracher sans l’ombre d’un remords quelqu’un ou quelque chose à ses racines, il ne peut y avoir qu’une seule issue. Rares sont ceux qui en reviennent. Je ne me faisais aucune illusion. J’avais sans doute accompli ce que je devais accomplir, certaine que mon pouvoir en avait consolé plus d’un, certaine aussi qu’ils s’en souvenaient encore.

Le chemin fut long. Je subissais de plus en plus le poids des paquets qui m’entouraient. Je manquais de cet air qui irriguait ma vie, j’étais privée de cette eau claire et limpide qui purifiait chaque jour mon corps. Et les arbres, désormais ombres malfaisantes à travers la vitre crasseuse de la voiture, ne pouvaient me soustraire aux regards et me rassurer. Ne restait que le vide et ce bruit disloqué d’un moteur poussif, le vide et le jour naissant qui m’effrayait. Dès le soleil levé, mon destin serait scellé, je ne le savais que trop. Par leur grossière brutalité, les deux salopards qui m’avaient enlevée me l’avaient fait comprendre, leurs coups réguliers étaient mon tocsin, leur précipitation un prélude au meurtre. Je ne savais quoi penser de cet accomplissement incompréhensible, de ce dénouement fatal qui me dépassait, moi qui pensais n’avoir fait que le bien dès ma naissance. Sous le drap puant qui était sensé me protéger, je fouillais alors mon passé à la recherche de la moindre faute, de la moindre offense.

Lorsque la fourgonnette s’arrêta enfin, le soleil était déjà haut. Sans doute trop pour mes ravisseurs qui n’avaient cessé de hausser le ton et se reprocher l’un l’autre une certaine nonchalance. D’où le retard accumulé. D’où les hurlements d’un troisième homme qui, visiblement, les attendait plus tôt.

 - Qu’est-ce que vous foutez ? Vous avez vu l’heure ?

Le haillon arrière s’ouvrit d’un coup, laissant plus encore filtrer la lumière et la tension ambiante.

 - Vous l’avez, j’espère ? Montrez-moi !

Quatre énormes mains m’agrippèrent pour me sortir et me poser au sol. On me débarrassa de mon vieux linge.

 - Vraiment belle, les gars ! Et juste la taille qu’il faut. Vous n’êtes pas bien vifs, mais vous avez fait du beau travail. Propre. Elle va plaire au client. Sûr.

Jamais je ne m’étais sentie si nue.

 - Allez, on la porte jusqu’à la maison ! Fissa ! Le patron n’attend pas.

Quelques minutes à peine et je fus en sa présence. Toujours à terre, toujours nue. Il siffla, comme sifflent les hommes influents mais vulgaires. Apparemment, il me trouvait à son goût. J’avais le gabarit et la patine qu’il souhaitait. Rien à voir avec ces pâles copies qu’on trouve dans les magasins de décoration. Il lui fallait de l’authentique. Quitte à payer cher pour m’arracher à mon chemin de transhumance et piller impunément la terre de Corse.

 - Comme je vous l’ai expliqué hier, je l’aurais bien vue dans le salon. Mais finalement, c’est vous qui aviez raison. Elle sera plus à sa place dehors. Là sur la terrasse. Juste à côté de la cuisine d’été. Je ne voulais pas de faux, vous comprenez. Je voulais du nustrale, comme on dit chez vous. Non ?

Il s’approcha de moi et me jaugea. J’étais sa marchandise. Puis d’une main plus voluptueuse, caressa le galbe d’une de mes pierres.

 - Eh bien, juste un raccordement à la canalisation et nous pourrons jouer à faire comme les anciens ! Nous irons tirer l’eau à la fontaine ! A cette vieille fontaine! Grâce à vous messieurs !



              



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Torna altri rumpistacchi chì ci impuzzicanu incù i so testi, vulendu propiu esse letti per sperà ottene una qualunque gloria ch'elli ùn anu micca in a so vita viota è senza intaressu. Bon... forze chì ghje vera. Ma ci n'impippimu. È pò, a mi diciarete, bloghi litterarii, nant'à a tela, è sopra tuttu nant'à a tela corsa, ci n'hè ghjà à buzzeffa ! Tanti scrivanetti pumposi ! È bè tantu peghju ! O tantu megliu ! Hè solu una vitrina di più per fà scopre qualchi testi scritti, senza pritenzione, incù u core, incù e trippe, o incù e viscere chì vi cunveneranu...