Bloggu litterariu corsu

u 18 di Marzu 2014 - scrittu dà - lettu 275 volte

L’adolescence d’un jeune juif


Après la guerre, j’étais devenu communiste. Mon père n’appréciait pas tellement mon engagement dans ce que j’appelais le Parti. Ce qui l’inquiétait et le rassurait à la fois, c’est que cet engagement était imprégné d’une sorte de romantisme qu’il attribuait à la jeunesse et dont il pensait que tôt ou tard, il se dissoudrait dans ce qu’il appelait les eaux froides de la maturité.
Il ne croyait pas que le monde, un jour plus ou moins lointain, cesserait de ressembler à ce qu’il était, une arène où les hommes se tuent entre eux.
 - Vois-tu, Pierre, à force d’amour, le monde serait plus supportable. Mais la vie est trop courte, et l’apprentissage de la raison est trop long.
Il continuait de m’appeler Pierre comme durant la guerre lorsque nous étions en France. On ne sait jamais, disait-il.
- Nous sommes juifs, Pierre.
Nous finissions par nous disputer.
 - C’est quoi être juif ?
Je lui avais posé la question après que la guerre se soit achevée. Durant la guerre, on ne posait pas ce genre de question.
La guerre avait cessé mais j’avais le sentiment que le monde, le monde avait dans mon esprit des frontières imprécises, le monde se disloquait et se recomposait sans cesse. Les actualités de l’époque, toujours avant « le grand film », ressemblaient à des éléments de kaléidoscope sans cohérence explicable. Des marches de la mort de juifs haves et aveugles. On y voyait des juifs entassés sur des bateaux qui naviguaient de ports en ports comme les âmes mortes des enfers. Des juifs qui souhaitaient revenir sur la terre de leurs lointains ancêtres.
 
En Belgique les juifs ne faisaient plus la une des actualités. Ni eux ni ceux qui se présentaient expressément en tant que juifs alors que personne ne leur posait la question de savoir s’ils l’étaient ou non. Lorsque certains cependant la posaient timidement, c’était pour se réjouir de les revoir vivants.
 - Tu es vivant. Je suis heureux, tu sais. Et ta famille ?
 - Nous sommes rentrés tous les trois.
 C’étaient les propos que nous échangions lorsque je rencontrais un ancien condisciple. C’est étrange de n’avoir pour famille que son père et sa mère. Je n’ai jamais dit de quelqu’un «c’est mon cousin» ou «c’est ma cousine, et j’étais amoureux d’elle quand j’avais douze ans».
En 1948, en Israël c’était la guerre qu’on appelait guerre d’indépendance. En 1948, en Belgique, juifs ou non, ils étaient nombreux ceux qui souhaitaient la victoire d’Israël. A l’Athénée, mes condisciples la soutenaient avec autant d’enthousiasme que s’il s’était agi de leur propre combat. Au point que deux d’entre eux s’étaient engagés pour y combattre.
Hector, le garçon beau et athlétique qui aurait séduit toutes les filles s’il n’avait pas été aussi timide, et Michel, le fils d’un ancien colonial, attiré par l’aventure. Arrivés trop tard, la guerre venait de se terminer, mes deux amis ont décidé de rester, et ils ont adhéré à un kibboutz.
Ils m’avaient écrit.
 - C’est un pays neuf, Pierre. Tout y est possible.
Michel s’y est marié. Il a épousé une fille d’origine belge. Devant un rabbin il a dû jurer qu’il était juif.
Au fond, la vieille question qui se posait d’une manière ou d’une autre, la seule question qui se posait toujours. C’était quoi être juif ?
Heureusement, il y avait mes frères du Part, Marc, Paul, René, ces frères par la pensée et l’idéal partagé.
René s’était spécialisé dans l’agit-prop. L’agitation et la propagande. Souvent, à l’entrée des entreprises, il distribuait des tracts, vendait le journal du Parti ou haranguait les ouvriers. Il détournait la tête lorsque sortait de l’usine un de ses anciens condisciples appelé, c’était vraisemblable, à faire partie un jour de la direction de l’entreprise parce que ses études l’y préparaient ou parce qu’il hériterait de l’entreprise de son père.
 - Jacques m’a dit qu’il t’avait rencontré hier devant l’usine de son père, et que tu as fait semblant de ne pas le voir.
René avait les yeux fixés dans les miens.
 - Ecoute, Pierre. Il vient un temps où il faut choisir son camp, et le mien n’est pas celui de Jacques ou de son père.
Il n’était pas le seul à penser ainsi. Un jour que je participais à une manifestation contre le racisme, je m’étais inséré dans un groupe de jeunes gens qui, derrière une bannière communautaire, s’étaient affichés en tant que juifs plutôt que dans un groupe distinct de manifestants laïcs. Je suis incapable de dire ce qui m’avait poussé à le faire. Peut-être ce sentiment qui me pousse toujours à être parmi les minoritaires.
 
Un jeune garçon que j’avais parfois rencontré chez des amis communs, et à qui déplaisait mon éloignement des cercles juifs assez nombreux à l’époque, se trouvait dans le même groupe.
 - Tu vois, Sammy, à quoi bon le nier, tu es juif. Il est inutile de le cacher.
 - Je ne me cache pas. Je suis là précisément pour que chacun puisse être ce qu’il a envie d’être sans obliger qui que ce soit à être comme lui.
Il a ri, et il a haussé les épaules.
 - On est dans un camp ou dans un autre. Sinon, tu te fais écraser. Inutile, après, d’aller pleurer.
Je l’ai raconté à René. Je lui ai rappelé les souvenirs qui nous liaient à Jacques, ce fils d’industriel par le hasard de la naissance. Il a secoué la tête, et il a répondu avec une certaine emphase.
 - Il n’y a pas d’avenir dans le passé.
Hector a été le premier à revenir d’Israël. Sans Myriam, cette jeune fille avec laquelle il était parti pour se battre. Myriam, Michel et lui, après la guerre d’indépendance, avaient adhéré à un kibboutz, décidés à rester en Israël et à y faire leur vie. Parmi les fondateurs d’un pays neuf, le travail de la terre et la vie communautaire allaient les révéler à eux- mêmes.
 
Un jour tout avait craqué pour Hector. Il avait bien dû le reconnaitre, il aimait Myriam, c’est vrai, mais comme une sœur. Seulement comme une sœur. C’était un homosexuel honteux et profondément malheureux. Il avait imaginé qu’en Israël, ce pays neuf, il pourrait contraindre son corps à force de travail et d’amitié virile. Sans résultat hélas !
Il avait eu une liaison avec un jeune homme à peine moins âgé que lui, et on lui avait laissé entendre que tout le monde était en droit d’être ce qu’il était, que personne n’avait quoi que ce soit contre les homos, mais qu’il valait mieux quitter le kibboutz.
Michel n’est pas revenu, lui. Il s’était marié, il s’était bien adapté, il avait participé à la guerre de 1967 en tant que réserviste.
Il y est mort et il a été enterré comme un juif sous une stèle ornée du Magen-David.
Il est court le temps des illusions. Il est court le temps de l’adolescence.


              



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