Bloggu litterariu corsu

u 21 di Maghju 2014 - scrittu dà - lettu 481 volte

Julia, Pierre, et le flétan


Julia était étudiante en licence de lettres à l'université d'Aix en Provence. Depuis 2 ans, elle sortait avec un type improbable nommé Franck. Rencontré dans la petite ville corse d'où elle était originaire, Julia était sortie avec Franck un peu par désœuvrement. Dans une boîte de la région, elle avait rendez-vous avec un bellâtre qui n'était jamais venu, Franck était là, lui faisait une cour assidue depuis des mois, elle cessa de lui résister.

 
Au début, elle avait bien essayé de le quitter, mais Franck excellait dans l'art des fausses tentatives de suicide. Quand Julia lui faisait part de son intention de rompre, il tournait de l’œil, était pris de convulsions et, en transes, lui annonçait qu'il allait mettre fin à ses jours. "JE VAIS ME TUER, TU M'ENTENDS ?! JE VAIS ME TUER !!!! " hurlait-il en brandissant un couteau à lame émoussée ou un tube de Doliprane. La jeune Julia, très impressionnée, renonça à se séparer de lui.

 
Franck avait arrêté l'école en 4ème, ce qui n'est pas un problème en soi, mais dans le cas de Franck, c’en était un, puisque rien ne l'intéressait. Il lui était donc impossible de se mettre en quête d'un apprentissage qui lui aurait permis d'envisager un potentiel avenir professionnel. La seule source d'intérêt de Franck se trouvait dans les vidéos de Marc Dorcel qu'il consommait frénétiquement. Dans ce domaine, Franck était une référence. Une bible vivante. Il pouvait donner les mensurations de la plus obscure actrice et aucun titre ne lui était inconnu.

 
Franck était laid. Affublé d'un long nez surmontant une bouche de flétan, il en avait également le charisme. Fan d'heavy metal, Franck portait les cheveux longs. Il avait, pour couronner le tout, un goût prononcé pour les habits excentriques, mariant sans vergogne des bottes en python blanc à des pantalons à fleurs.

Franck adorait le poisson, Julia était allergique à l'iode.

Franck était paresseux. Julia l'était aussi, mais pas suffisamment pour négliger complètement ses études. Son orgueil n'aurait pas toléré un redoublement.

Bien que Julia ne fut pas une beauté fatale, ni étudiante à Polytechnique, on avait rarement vu couple plus mal assorti.

Julia et Franck vivaient dans un petit studio proche du centre ville d'Aix en Provence. Lorsque Julia partait à la fac, Franck restait au lit. Bon cuisinier, il préparait des petits plats à sa dulcinée. Il en était fou. Lorsque Julia repartait l'après-midi, Franck se mettait au lit pour regarder ses vidéos à haute teneur éducative, résurgence de sa cinéphilie sélective.

Avant que Franck ne rejoigne Julia à Aix, il lui écrivait des lettres d'amour enflammées truffées de fautes d'orthographe. Monomaniaque, Julia était obligée d'utiliser un correcteur avant de pouvoir lire la prose dégoulinante de mièvrerie et de lieux communs de son petit ami. Elle avait néanmoins pour Franck une certaine tendresse. Il était tellement gentil, tellement attentionné !
 
Qu'est-ce que Julia faisait avec Franck ? Elle attendait de tomber amoureuse.

Ce ne fut pas long. Dans la classe de Julia, il y avait Pierre. Pierre avait un filet de voix, mais lorsqu'en cours, il prenait la parole, nul n'aurait osé l'interrompre.

Pierre était instruit, Pierre avait lu, Pierre lisait, Pierre savait écrire, Pierre trouvait Julia jolie. Piquante. Étudiant brillant, il manifestait pour la petite corse un intérêt qui ne la laissait pas indifférente.

Pierre et Julia devinrent amis. A la fac, il était impossible de les croiser séparément. Pierre et Julia tombèrent amoureux. Éperdument. Mais Julia avait des principes. A la maison, il y avait Franck. Franck, ce pauvre Franck qui ne méritait pas ça.

Alors Julia lutta, lutta tout au long de l'année pour ne pas se laisser aller à Pierre. Pourtant, elle ne pensait qu'à lui. Lorsque Franck lui parlait, elle le trouvait encore plus stupide, plus laid qu'à l'accoutumée, et n'éprouvait plus pour lui que de la pitié.
Un jour où Franck était venu chercher Julia à la fac, celle-ci lui montra Pierre en lui expliquant qu'elle était courtisée par ce dernier. Ce à quoi, Franck, très sûr de lui, répondit: "Oh, avec la tête qu'il a, çui-là, j'ai rien à craindre !" Julia sourit.

La fin de l'année scolaire approchait. Le temps du retour en Corse aussi. A l'issue d'un partiel où Pierre avait aidé Julia, elle l'avait embrassé furieusement.

Pendant les 15 jours qui suivirent, ils ne se quittèrent plus.

Prétextant d'autres examens, Julia abandonnait Franck pour rejoindre Pierre. Pierre.
Tout au long de la journée, ils s'embrassaient et se promettaient des choses insensées. Ils s'aimaient comme on s'aime à 20 ans. Comme on aime pour la première fois.


Pierre écrivait à Julia des lettres d'une beauté absolue. Elle les apprenait par cœur puis les déchirait en pleurant. Il ne fallait pas que Franck puisse les trouver.

Pierre et Julia se dirent adieu au coin d'une rue. Après s'être une nouvelle fois promis un amour éternel.

Julia ne revit jamais Pierre.

Quant à Franck, après une énième fausse tentative de suicide, Julia parvint à le quitter.

Il se coupa les cheveux et devint acteur de films X.

 


              



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Torna altri rumpistacchi chì ci impuzzicanu incù i so testi, vulendu propiu esse letti per sperà ottene una qualunque gloria ch'elli ùn anu micca in a so vita viota è senza intaressu. Bon... forze chì ghje vera. Ma ci n'impippimu. È pò, a mi diciarete, bloghi litterarii, nant'à a tela, è sopra tuttu nant'à a tela corsa, ci n'hè ghjà à buzzeffa ! Tanti scrivanetti pumposi ! È bè tantu peghju ! O tantu megliu ! Hè solu una vitrina di più per fà scopre qualchi testi scritti, senza pritenzione, incù u core, incù e trippe, o incù e viscere chì vi cunveneranu...