Bloggu litterariu corsu

u 27 di Farraghju 2014 - scrittu dà - lettu 249 volte

Jonathan


Jonathan était né à Gdynia en Pologne. Lorsque les allemands envahirent la Pologne, il était âgé de quatorze ans. Il fréquentait le collège depuis trois ans, et prévoyait d’entrer plus tard à l’Université de Cracovie pour y apprendre la philosophie.
C’était un adolescent intelligent, fort séduisant, qui retenait le regard des jeunes filles autant que celui de leur mère.
Le soir, Jonathan se rendait à la Yeshiva, une école dirigée par des rabbins, où il apprenait l’hébreu et la Thora. Dans chacun de ces établissements, il apprit le plaisir de la discussion et l’importance qu’il y avait à chercher et à trouver les bons arguments. Il faisait la joie de ses parents. Orthodoxes, ils respectaient les rituels prescrits, et toutes fêtes étaient motifs à se ranger aux côtés des élus. Aux yeux de leur dieu, ils étaient des modèles vraisemblablement.
Son grand père, Salomon, était un rabbin respecté de la communauté. Souvent, Jonathan lui rendait visite pour lui parler de ses études ou lui demander conseil. Avec son grand père, il ne craignait pas d’avoir les sujets de conversation qu’il ne pouvait pas avoir avec son père. Au sujet des filles par exemple. Il faut bien le reconnaitre, juives ou non, aux yeux d’un jeune garçon, elles avaient toutes des attraits qui donnaient à rêver, la nuit généralement, et même alors qu’on ne dormait pas encore.

Jonathan avait un frère, Samuel, de deux ans son cadet, et beaucoup moins préoccupé de religion. Lorsqu’il jouait avec ses amis, juifs ou non, les coups pleuvaient fort de part et d’autre. Samuel avait appris très tôt que les coups étaient beaucoup plus convaincants que les arguments les mieux élaborés lorsqu’on avait affaire à des interlocuteurs que la philosophie n’intéressait pas.
Qui peut dire lequel des deux frères avait raison ?
Avant la guerre déjà, il y eut des pogroms encouragés par les autorités. Tuer ses semblables défoule, a dit je ne sais plus quel sociologue. Un soir que Jonathan était auprès de son grand père, un groupe dont personne n’eut été capable de dire quel en était le plus soûl des participants, deux d’entre eux, munis d’une hache, fracassèrent la tête du rabbin tandis que les autres le tirèrent hors de chez lui, et l’abandonnèrent en criant mort aux juifs. Cette frénésie à tuer les avait empêchés de voir Jonathan, pétrifié derrière l’armoire où le grand père rangeait la Thora.
C’est ce jour-là vraisemblablement qu’il apprit à se taire, et que ses yeux prirent cette couleur de noir qui fit dire, longtemps après encore, qu’il avait de beaux yeux dans lesquels on se serait noyé.

Ses parents et lui furent arrêtés un peu plus tard. Ils furent mis dans des camps de concentration, séparés et, probablement, brûlés dès que les premiers fours furent construits. A l’exception de Jonathan parce que le commandant du camp avait été séduit par sa beauté. Et par son intelligence, affirmait-il.
Les commandants de camps étaient des officiers. Des gens qui sortaient des bonnes écoles. Ils étaient sensibles à l’intelligence et à la beauté. Il fît de Jonathan son domestique personnel, et son amant. Jonathan voulait vivre. A tout prix.

A la libération du camp, il vivait en effet. Il émigra en Belgique. Mais il n’était plus orthodoxe, il avait un compte à régler avec le tout puissant ; disait-il.
Saisi d’une fringale de connaissances, Jonathan entama des études de droit. Il voulait devenir avocat. Sa femme trouva un poste dans un Grand Magasin de sorte qu’en se serrant au maximum ils purent subsister. Le soir et le week-end Jonathan donnait des cours de français à des compatriotes. Ce n’était pas un français impeccable mais il était amplement suffisant pour des gens dont la plupart ne parlaient qu’à leurs compatriotes.

Jonathan faisait les choses systématiquement. Il disait qu’il était nécessaire de se tracer une route à suivre et de la suivre scrupuleusement si on voulait atteindre le but qu’on s’était fixé.
A la fin de ses études, il entra en stage dans le cabinet d’un de ses professeurs. Il s’exprimait désormais parfaitement en français. Seul, un léger accent révélait ses origines. Et la langueur de son regard, typiquement slave, disait ses interlocutrices.

Lorsque sa femme mourut d’un cancer, il décida de mourir à son tour. Il n’avait rien oublié. Il avait un compte à régler avec le très haut.
Il n’y eut personne à ses funérailles.
Jonathan


              



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