Bloggu litterariu corsu

u 10 di Maghju 2015 - scrittu dà - lettu 320 volte

Je ne m’enfuis pas, je vole


Je ne m’enfuis pas, je vole
C’était la nuit sur les quais, les lumières clignotaient. Je rentrais sans n’avoir plus de souvenirs des habits que je portais. Tout le monde ne peut pas être garde Suisse au Vatican.
Les vaccins étaient devenus obligatoires une fois par mois.
Le dernier lot était très actif, je chiais des pélicans… je n’avais rien demandé moi, ça n’était pas ma vocation.
Ces pélicans ont bouffé mes réserves, de vrais aspirateurs à plumes. Plumé était mon nouveau statut.
J’ai cumulé trois boulots pour vivre moins, c’est attachant ces bestioles.
J’étais fâché avec le pâté, j’avais la peau sur les os tellement c’était moche à envisager.
 
Monsieur Nèflé, mon voisin, était déjà bien vieux vu que le temps passe très vite, il disait être un dissident. Il remettait en cause un système d’une morgue terrifiante à ses yeux.
La banque fonctionnait sans employés. L’économie entière reposait sur des millions de calculs robotiques par seconde, je savais d’instinct que l’économie n’était pas une science exacte, nous étions accessoires.
Tout le génie du mondialisme faisait manger aux ouvriers de vieilles carnes contaminées, des chevaux de Patagonie, alors que des vaches paissaient dans les près environnants.
Avec son goitre, son dos voûté et ses pattes de grives, Nèflé venait voir ceux qui auraient pu être ses fils ou filles, pareille.
Il leur donnait des sardines épuisettées dans une cuve de réacteur nucléaire.
C’était étonnant les pélicans radioactifs avec leurs yeux violets pailletés, j’en mangeais moi aussi, je mettais des Mickey à la télé, ça suffisait à entretenir la convivialité.
 
Tout a basculé le jour où les services secrets sont venus me trouver.
 - Mister Bitte, m’appelait le plus petit et le plus radical, vous avez le profil pour réaliser de grandes choses.
J’étais surpris, les pélicans faisaient les ventilateurs avec leurs ailes
 - Vous trouvez ? Dis-je.
 - Nous sommes formels, vous allez diriger l’opération pélican, vous serez hautement gratifié. Ajouta le grand au chapeau mou.
Je me sentais comme à poil dans un tonneau à bretelles, ces gens-là voulaient que je défile avec mes pélicans devant les puissants de ce monde. Moi je pensais juste "Il en faut beaucoup pour entrer dans l’imaginaire des gens !"
Ce soir-là, l’horreur se révéla comme l’os saillant d’une fracture ouverte. Des commis d’état jetèrent monsieur Nèflé hors de chez lui, allongé le nez contre son géranium qu’il chérissait tant, il ne l’avait jamais vu sous cet angle. Un hargneux au visage en lame de couteau lui flanqua un coup de matraque
 - Triste salaud d’anarchiste complotiste, tu l’as bien cherché. Lui avait-il signifié dans une gueulante à vriller les tympans.
Le pauvre Nèflé gisait hébété, la bouche ouverte, les étoiles fuyaient à jamais ses yeux grands ouverts…
En vérité, je ne comprenais rien à ce cauchemar éveillé, mais il est clair que cela calme toute velléité. Les pélicans aussi étaient dépités.
 
La grand ’place était belle ce jour-là, les fontaines avaient leurs eaux colorées et tout était fleuri. Je défilais à la tête de mes pélicans, la foule nous acclamait, ils s’envolèrent pour la première fois vers un ciel de plomb.
Moi, pour la première fois aussi, je voyais mes pieds, ils étaient palmés.
On plaça une glace devant moi, je n’étais qu’un pélican aux yeux violets pailletés, aux ailes courtes telles des moignons dérisoires, je voulus m’échapper. A six kilomètres heure c’était folklorique, la foule riait, j’arrivais dans une impasse, un cul de basse fosse…
J’étais l’élu, on me plaçait au cœur de la matrice en remplacement d’un des miens devenu fossile, une batterie vivante. Le choc, une faille énorme s’ouvre devant moi dévoilant un gouffre sans fond, de l’autre côté de la faille, la rue de mon enfance, quelqu’un salue, c’est si loin, je ne peux distinguer.
Mon esprit va oxygéner la matrice.
J’avais été soigneusement choisi pour mon dévouement aux autres, c’est plus rare qu’un bon bourreau selon les avis compétents.
 
Aujourd’hui j’ai trouvé l’apaisement, je pêche sur une île au milieu d’un lac. J’en ai bien pour un millénaire ici, personne ne peut me déloger. Je ris de leur certitude à mon égard, ils croient avoir fait le bon choix.
Ils ont occulté l’influence de monsieur Nèflé sur le pauvre pélican formaté que j’étais. Certes  je ne comprenais pas tous ses concepts, mais ici, tout est limpide.
Ici, je suis une âme debout, droite dans ses bottes.
J’ai des cheveux bruns et une barbe de trois jours, je sais comment vont les choses.
Je pense à cette histoire, de l’Homo habilis en passant par l’Homo sapiens, jusqu’à moi.
C’était presque toujours le cas, le pouvoir, sous tous les cieux, était détenu par 1% des populations…
Les masses étaient infantilisées, culpabilisées, écrasées sous une chape de difficultés.
Les sociétés devenues totalement dysfonctionnelles. Pourtant  effondrement et changement n’eurent jamais lieu.
Aujourd’hui, l’armée est intégralement robotisée, les néo généraux sont banquiers ou ayants droit du monde des affaires.
La dernière structure qui échappait au monde marchand, l’amour, avait volé en éclat avec le reste, la vente d’enfants pauvres à des riches était devenue, et reste, un acte commerciale comme un autre.
La misère n’était plus alimentaire mais physique et mentale, les pauvres devenaient de plus en plus gros et mous, des esclaves consommateurs compulsifs. Les guides impérialistes, vernis d’un rance droit de l’hommisme, faisaient battre la viande zélote dès la naissance pour l’attendrir.
 
Aujourd’hui, me voilà moi, pélican devenu conscience avide de justice. Voir respirer en paix les prétendus guides m’enrage. Ces serpents vivent dans le luxe sans jamais travailler, ils ne voient pas les fantômes travaillant et s’usant pour eux. Je suis au cœur du système "Connection Brain" : les cerveaux sont reliés via une puce à la matrice, cela va me permettre de distiller mes visions et suggestions au peuple, les nantis n’en sont pas pourvus, bien sûr.
C’est dément au début, je suis propulsé dans un tourbillon invraisemblable, des bulbes rachidiens jonglent sur des buildings incandescents, des vulves synchronisées chantent un opéra psychédélique, mes pélicans nagent dans une mer de framboises, je vole.
Mon prédécesseur a été imprégné, sur la fin de son règne, par la foi bienveillante de monsieur Nèflé, je ressens les prémices du basculement et sa grande émotion.
Il n’avait plus la force d’inverser un millénaire de certitudes.
Il enviait la liberté d’un troupeau de chèvres, pleurait sur ces enfants qui ne voyaient pas le ciel, sur ces vies entièrement manipulées.
Je suis bien ici, je sais que les actes résonnant dans l’éternité sont des vents se perdant dans les ténèbres. Je veux rendre aux humbles la vie agréable.
Je me concentre sur les ingénieurs affectés à la programmation des robots militaires, je vais tester mon emprise sur un couple, leur vie semble réglée par un horloger suisse plus robots que les robots.
Swan est père de deux enfants, il rejoint ses pénates, sa femme parait tourner une publicité des années 60.
 - Swan, j’ai reconstitué un poulet 3D avec l’imprimante, il est quasi cuit ! Dit-elle avec un ton à faire suicider un boutentrain du matin.
 - Bien, Fergy, nous allons procéder à l’acte de nutrition ! Prononce-t-il sans y penser réellement.
 - Je vais rematérialiser les enfants, ils flottent dans un trou noir classe B !
 - C’est c’la oui ! Répond Swan avec la conviction d’un bigorneau devant une roche à déplacer de 10 tonnes.
Je vais leur mettre le ver dans le fruit, mais le bon ver, dans le cerveau.
D’abord je soumets au couple la vision d’un retour au cycle cosmique, l’idée de manger des fruits et des légumes naturels en lieu et place de ces plats imprimés insipides, la liberté de faire l’amour quand ils le désirent, et non pas dans les cases horaires obligatoires, et dans la position imposée. Je diffuse des sentiments de justice sociale, de liberté, l’envie de révolution. Les nantis ne font plus d’efforts, ils se vautrent dans la luxure, ils ont délégué la gestion à de zélés zélotes, des soumis doux comme un sot-l’y-laisse de poule.
 
Cela fait un an que je brigue et fait briller les esprits, déjà, les germes du questionnement irradient jusqu’au comportement des robots. Ils songent même à cultiver la terre, les robots.
Comme rien n’est jamais acquis ni explicable, une force lumineuse se manifesta captant toute mon attention. J’étais sensible à ses arguments, cela disait que ce mode de vie était le meilleur et le plus durable jamais vu dans l’histoire de l’homme, que tout le monde avait sa place et les guerres avaient disparu.
Chef du cosmos ? Dieu ? Démon ?
Je me laisse couler dans le plaisir à volutes, j’ai de belles putes et des denrées d’une finesse scalpelisée.
Tout est à vendre c’est une question de prix, je ne m’enfuis pas, je vole.


              



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Torna altri rumpistacchi chì ci impuzzicanu incù i so testi, vulendu propiu esse letti per sperà ottene una qualunque gloria ch'elli ùn anu micca in a so vita viota è senza intaressu. Bon... forze chì ghje vera. Ma ci n'impippimu. È pò, a mi diciarete, bloghi litterarii, nant'à a tela, è sopra tuttu nant'à a tela corsa, ci n'hè ghjà à buzzeffa ! Tanti scrivanetti pumposi ! È bè tantu peghju ! O tantu megliu ! Hè solu una vitrina di più per fà scopre qualchi testi scritti, senza pritenzione, incù u core, incù e trippe, o incù e viscere chì vi cunveneranu...