Bloggu litterariu corsu

u 7 d'Utrovi 2014 - scrittu dà - lettu 343 volte

Il faut bien que vieillesse se passe


Carmen se retourna péniblement dans son lit et regarda longuement, sans les voir d’abord, les chiffres luminescents du réveil offert par les arrière-petits-enfants.
 - Vous ne faites pas votre âge ma chèèèèère Carmen.
 - Pas mon âge mon cul ! Je voudrais bien les y voir avec mes rhumatismes, ma goutte et tout le reste.
 
Elle s’assit sur le rebord de son lit de toujours, le lit où elle était née, le lit où elle avait connu le loup pour la première fois, le lit où elle mourrait… Pas de suite ! Son regard s’éclaircissait au fur et à mesure qu’elle réalisait, qu’elle se rappelait le programme de la journée. Trois jours qu’elle préparait tout dans les moindres détails, qu’elle surveillait la météo. Normalement aujourd’hui tout devrait être parfait. C’est qu’il fallait qu’elle marque quelques points pour ne pas se laisser déborder par les autres, surtout la Marie. C’était plus facile pour Marie depuis que sa famille l’avait placée en maison de retraite mais Carmen faisait fi de l’adversité, bien au contraire, cela l’excitait !
6 heures 15, Carmen fit sa petite prière du matin, avala le café issu de la cafetière programmable glanée lors du loto à la salle des fêtes et grignota une biscotte – sans sel. Elle s’habilla laborieusement : aujourd’hui c’étaient les hanches qui la faisaient souffrir et elle plaça autour des épaules le truc palestinien que lui avait offert son petit neveu toujours à l’affût de cadeaux exotiques. Ainsi armée, la froidure et l’humidité ("saleté de région !") ne l’agressèrent pas trop.
Les effluves marins l’assaillirent immédiatement, le fracas du ressac contre les flancs de la falaise aussi. Le soleil tentait de percer la purée de pois mais n’y arriverait certainement pas avant le milieu de l’après-midi. Elle se dandina, moitié courant, moitié marchant jusqu’au dispositif qu’elle avait préparé la veille au soir. Il n’y avait plus qu’à redresser deux ou trois choses et partir attendre au poste d’observation. Au passage elle s’arrêta dans sa maison pour récupérer le téléphone portable offert par sa fille. Un petit coup de tord-boyaux aussi : "Encore un que les impôts n’auront pas !"
Cela pouvait être long, elle se souvenait d’avoir attendu quatre heures une fois. "En cette saison… Et puis avec le brouillard…" Elle s’assit, le dos confortablement calé contre la pierre moussue du calvaire et les fesses sur le coussin de soie dérobé à la maison de retraite. La vieille femme commença à attendre en se remémorant toutes les étapes du concours avec ses copines. Presque toutes des anciennes résistantes comme elle : "Il faut bien se trouver des occupations… A nos âges." Si elle comptait bien – elle n’avait aucune raison de douter de ses capacités dans ce domaine – elle devait se trouver à la 3°place. Pas mal, elle espérait que la session d’aujourd’hui allait lui permettre de progresser.
Au bout d’une bonne heure, elle entendit un léger couinement, frêle bruit ayant du mal à percer le brouillard. Ensuite une respiration haletante et un crissement caractéristique. "Pff un vélo", maugréa la petite vieille. Au bruit elle comprit qu’il avait pu apercevoir les panneaux qu’elle venait de déplacer, il prenait la route que Carmen lui avait balisée. Une jolie route, ma foi, plus champêtre que la vraie, plus courte aussi. Avec une seule issue. Elle le vit soudain passer, à cinq mètres de sa position : un cyclotouriste du dimanche, engoncé dans une combinaison de professionnel, sur un joli vélo de course. Un homme d’une trentaine d’années, suant sang et eau et maudissant les dix derniers mois de laisser-aller alimentaire. Le visage rubicond se retourna vers Carmen, très étonné de voir quelqu’un, assis sur un calvaire ("Tiens, je ne l’avais pas encore remarqué, celui-là"), les fesses posées sur un coussin de soie parme. Il sourit. Carmen lui rendit son sourire et ce fut le dernier qu’il enregistra. Sa roue avant mordit le vide et tout le reste suivit. Il poussa un long cri et s’écrasa soixante-douze mètres cinquante en contrebas. Carmen connaissait la distance précise, l’ayant mesurée avec un appareil trouvé dans le sac à dos du touriste qui avait fait le grand saut l’année dernière (25 points). Carmen se signa et composa le numéro de la Marie.
 - Allô la Marie, c’est Carmen.
 - Je sais qui c’est, ton numéro s’affiche…
Carmen sourit, elle avait réveillé sa complice et Marie détestait ça.
 - 60 points de plus.
 - Pas plus ? C’était quoi ?
 - Un cycliste.
 - Un cycliste à cette heure-ci ? Aïe ! Aïe ! Aïe ! Tu nous as tué le facteur, Carmen !
 - Mais non, le facteur il est reconnaissable, et puis il a pas un maillot rose !
 - Ah ouf, t’es sûre, hein ?
 - Mais oui, la Marie… Mais dis… Pourquoi tu t’inquiètes du facteur comme ça ? Tu attends une lettre d’amour ?
 - Bah tu te rappelles le retraité de la SNCF… Et bien ça continue…
 - Attention au cœur, la Marie.
 - Bah… C’est du solide, tu sais !
 - Pas le tien, le sien.
Elles partirent d’un grand rire qu’elles laissèrent s’éteindre avant de se lancer dans les comptes de leurs exploits.


              



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