Bloggu litterariu corsu


u 10 d'Utrovi 2017 - scrittu dà Mey-Li - lettu 239 volte

Heure H comme Haine

C'est un écrit étonnant de maturité que je vous propose là, écrit par Mey-Li, une adolescente de quatorze ans. A découvrir, et déjà très prometteur.
PFCO


Guernica - Pablo Picasso.
Guernica - Pablo Picasso.
H-2 Café Du Soleil
Ma mère nous dépose devant le café du rendez-vous. Je m’extirpe de la voiture écoutant pour la dixième fois ses mille-et-une recommandations. Léo sort à son tour, excité d’aller entendre son groupe préféré.
Alexandre nous attend à une table, son regard moqueur rivé sur nous il sirote une boisson alcoolisée.
 - C’est bon, les jumeaux ? On y va ?
 - Si tu veux, mais à mon avis, ils n’ouvriront pas les portes avant une demi-heure !
 - Vous avez de la chance ! Moi, pour mes quinze ans, je suis allé à Disney ! Tu es béni, toi, William d’avoir un frère tel que Léo !
Léo ne répond pas, il se contente de sourire bêtement comme il le fait quand il est heureux.
D’aussi loin que je me souvienne, il a toujours été un petit garçon renfermé qui ne parlait que très peu. Quand j’y repense nous n’avons en commun que l’apparence physique. Contrairement à lui, je n’ai jamais eu peur d’aller vers les autres, ni de dire ce que je pense. Le seul domaine dans lequel il se laisse aller, c’est la musique. Non pas qu’il danse ou qu’il chante, loin de là ! Mais ses goûts musicaux sont en contraste avec sa personnalité.
C’est ainsi qu’à 20 heures nous attendons devant les portes du Bataclan pour assister au concert des Eagles of death metal !
 
Portes du Bataclan
Il y a foule, les gens s’amusent, rient et s’exclament. Léo ne coupe pas à la règle, je ne crois pas l’avoir déjà vu aussi heureux. Sa joie est contagieuse. Je me mets à sourire aussi béatement que lui. Alexandre ne manque pas de le faire remarquer et se moque en riant et nous traite de "copiés/collés".
Les rires redoublent et nous ajoutons un peu plus de joie et de bruit à cette foule en ébullition qui augmente à mesure que le temps passe !
 
Salle de spectacle du Bataclan
H-1
Après une demi-heure d’attente, nous entrons enfin. Alexandre bien éméché apostrophe les vigiles en leur reprochant d’avoir laissé trop longtemps les portes fermées et de leur faire perdre du temps. Je le pousse du coude et il avance et se tait en maugréant et ricanant.
Quelque chose dans l’atmosphère, me dérange mais j’oublie aussitôt cette impression, mes idées noires s’envolent emportées par les cris du public accueillant le groupe tant attendu !
 
Salle de concert du Bataclan
H - 7 mn
Le concert est à son paroxysme, cela fait près d’une heure que le groupe déchaîne la salle en liesse…
Cette pensée noire surgit dans ma tête : Si nous étions des animaux, nous ne serions que d’inoffensives souris piégées par quelque prédateur affamé !
 
H - 5 mn
Des pétards éclatent au loin, une vague d’excitation parcourt la salle et avive encore plus la ferveur des spectateurs !
Mais les pétards claquent de plus en plus distinctement et de plus en plus nombreux et il devient évident que ce ne sont pas des pétards !
Mon mauvais pressentiment revient au grand galop !
Alexandre qui a bu, titube un peu et rit très fort.
Mais soudain, Léo se fige, et à mon tour je reste pétrifié par ce que je vois : Les musiciens regardent vers la salle et abandonnant leurs instruments se précipitent vers les coulisses où ils disparaissent.
 
H-3 mn
La réalité inconcevable s’immisce en chacun de nous et dans un même mouvement nous nous retournons…
Alors, nous faisons face à un destin impitoyable. Deux hommes braquent sur nous leurs armes qui soudain crachent des flammes, crachent la mort…
Un vent d’horreur nous glace jusqu’aux os. Nous sommes vraiment des bêtes piégées qui tentent de fuir, n’importe où, mais fuir ! Les souris de mes noires pensées viennent d’être repérées par un chasseur assoiffé de violence aveugle. Il est bien réel ! Il est terrifiant !
 
H-1mn Confusion
Les gens tombent, morts, blessés, inondés de sang. Ils se font piétiner. Nous ne sommes plus des hommes, mais des machines dénuées de compassion, rendues folles par le trop-plein d’adrénaline !
Je saisis Léo par le bras, puis Alexandre, je les pousse devant moi ! Il faut que je les protège, je dois surmonter cette panique qui me fait trembler ! Mon seul objectif est de m’éloigner de ces tueurs sans âme. Une voix sourde me harcèle : "Ils sont morts, morts, morts, morts, toi aussi tu meurs ! Regarde ton frère, tu es mort !" Cette voix qui veut avoir raison et ne veut pas se taire !
 
Sortie arrière du Bataclan
Heure H
L’heure sonne au loin, très loin, tellement loin. Est-ce les cloches d’une église ? Une sirène de police ? Mon propre hurlement ?
Non ! Je sais ce que c’est. Je refuse de comprendre ! Je refuse d’accepter !
Ce cri assourdissant, c’est celui de la mort… Je sais que c’est elle, je l’ai reconnue quand j’ai vu cette gerbe de sang précéder mon frère Léo dans sa chute. Mon sang… ma vie…
 
Arrêt du temps, tréfonds des pensées.
De Parisiens lambda nous sommes les victimes d’une guerre épouvantable, les jouets de la violence aveugle…
 
Hôpital Paris
Tout est noir, je ne vois rien. J’entends quelques bip-bip lancinants.
J’ai l’impression de me réveiller d’un long sommeil. J’essaie de me souvenir. Le bruit d’une arme automatique, les hurlements.
J’ai peur mais cette sensation m’est familière, comme si elle ne m’avait jamais quitté.
Le bip-bip incessant d’une machine me tire à nouveau de ma transe. Cette fois-ci, je tente de soulever mes paupières mais une lumière intense m’agresse et par réflexe je me protège du revers de la main.
Quand je me suis habitué, je distingue la silhouette d’une femme au fond de la salle. Je tente de l’interpeller mais de ma gorge ne sortent que des sons rauques étouffés.
Pourtant cela suffit à la faire sursauter et elle se retourne brusquement comme si ma présence la surprenait.
Elle marche vers mon lit et me dévisage avec étonnement en se voulant rassurante mais je devine qu’elle est bouleversée, elle marmonne quelque chose que je ne comprends pas et quitte la salle aussi vite qu’elle le peut en s’efforçant de garder son calme.
Ma tête me fait horriblement souffrir. Je me sens si mal ! Comme si mon esprit n’entrait plus dans le moule de mon corps.
Je passe les lieux en revue. Tout est aseptisé, une odeur âcre et familière de désinfectants flotte autour de moi. Deux médecins entrent et discutent à voix basse, je remue la tête de droite à gauche sur l’oreiller, j’ouvre et referme la bouche comme un poisson. Je leur fais signe que je veux écrire. On me tend un carnet et un stylo. Je trace en lettres hésitantes : "comprends rien… arrive pas à parler". Le plus grand des deux écrit à son tour : "C’est normal que vous soyez perdu, vous venez de sortir du coma, vous allez comprendre mais restez calme !"
On place un miroir devant moi, je crois d’abord que c’est une photo, mais elle reproduit chacun de mes gestes, je réalise que c’est moi que je regarde mais plus vieux de quinze ans !
Je suis sous le choc. L’infirmière injecte un calmant dans ma perfusion. Le médecin s’assoit à côté de moi, il me présente des feuillets et je lis au hasard "13 novembre 2015" "Le Bataclan " "attentat terroriste" "mort d’une famille" "un seul survivant"
Nous sommes en 2030.
Les mots rebondissent sur mon âme sans l’atteindre. J’ai trente ans !
Il me faut plusieurs jours pour comprendre tout ce qui est arrivé depuis le 13 novembre 2015.
 
Quelques semaines plus tard, l’équipe médicale m’installe dans un studio, et me confie à une infirmière.
Le surlendemain, elle doit s’absenter pour faire une course.
Après son départ je sais que jamais je n’ai été aussi seul.
Il me manque quelque chose ! Il me manque quelqu’un ! Je cherche à mettre le doigt sur ce vide immense.
Au moment où je vais enfin comprendre, la sonnette retentit et me tire de ma réflexion. Je me lève, j’ouvre la porte et pour la deuxième fois je me retrouve en face de moi-même mais quinze ans plus tard.
Alors tout me revient ! Nous nous jetons dans les bras l’un de l’autre. J’ai enfin retrouvé ce qu’il me manquait ! Mon frère Léo ! Mon autre moi-même !
Un sourire radieux que je ne lui ai jamais connu éclaire son visage, il ressemble à celui que j’étais. Nous avons échangé nos rôles. C’est un homme joyeux et je suis devenu triste, solitaire et renfermé. Comme si j’avais pris sa place ! Celle d’un être introverti que la vie effraie.
Des larmes me montent aux yeux, j’ai tellement de choses à lui raconter ! Il faut qu’il sache combien j’ai eu peur, combien j’ai eu mal. Je saisis le carnet que je garde à la ceinture et qui me sert à m’exprimer par écrit mais Léo pose la main dessus et le repousse en disant : "pas de ça entre nous, tu sais que tu n’as jamais eu aucun mal à me parler ! Et tu entends ce que je te dis ?"
Alors je lui raconte tout ce que j’ai vécu, il m’écoute, longtemps et quand je ne sais plus que dire il me répond, et sa voix semble sortir de moi-même, de si loin…
"Ne lutte plus ! Je ne suis là que parce que tu l’as voulu. Tu m’entends parce que tu veux m’entendre ! Souviens-toi, ce soir-là, la mort m’a emporté et toi tu es tombé dans le coma car tu as refusé d’accepter cette réalité et de vivre sans moi. Ce matin, c’est ton tour ! N’aie plus peur ! Viens me rejoindre. Nous ne pouvons pas rester séparés ! L’un sans l’autre, sur Terre, ne sommes personne ! Je t’attends !"
Je suis pendu à ses lèvres, mon regard dans son regard, mais à mesure qu’il parle, il devient de plus en plus flou et disparaît complètement.
Quand je reprends mes esprits, je suis totalement seul, mais ses paroles résonnent partout et je les comprends…
Alors je m’approche de la fenêtre et me laisse aller pour répondre à Léo qui m’attend…
 
Appartement de LAURÈ William
Les sirènes stoppent au bas de l’immeuble. Des policiers surgissent dans l’appartement. L’un d’eux découvre au milieu de la table une note posée en évidence. À voix haute, il lit en pleurant le dernier message de William :
"Ces gens m’ont tout pris, ma famille, mes amis, ma vie, ma joie, ma jeunesse. Cela aurait pu arriver à n’importe lequel d’entre vous, car au fond, nous sommes tous les mêmes. Mais je n’ai plus peur. Vous non plus, ne soyez pas impressionnés, n’ayez plus jamais peur ! Ne soyez pas abattus, ne leur donnez pas cette satisfaction…
Montrez-leur que nous sommes solidaires au sein de notre patrie et que nous ne rejetons personne car nous sommes tous frères !
Il n’y a rien qui les attend là-haut. Ils ne possèdent que la souffrance qu’ils ont laissée derrière eux et ils sont tout seuls et perdants car la violence est lâche et ne gagnera jamais.
Eux, ils habitent les recoins noirs de l’obscurité.
Moi, j’ai juste retrouvé mon frère dans la lumière !"


              



Dà leghje dinù

Haro sur la miss - 22/09/2017

Panique - 05/04/2017

Cœur de pierre - 12/03/2017

L'esprit des lois - 02/08/2016

Gordon Evans - 20/06/2016

Triptyque - 26/05/2016

Alice - 31/03/2016

Alep I love you - 18/09/2015

Je l'ai connu - 29/05/2015

Ponte Novu - 15/05/2015

1981 - 18/03/2015

Section 84 - 10/12/2014

​Armistice - 14/11/2014

Le passant - 25/10/2014

Ponte Novu - 17/10/2014

Le demi-pas - 23/09/2014

Mada et Veè - 05/09/2014

Neptudi - 24/07/2014

Commis d'office - 21/06/2014

Ultime étreinte - 16/06/2014

La Fée verte - 14/06/2014

Le sniper - 26/05/2014

Amour explosé - 20/04/2014

La mort de mon père - 02/04/2014

Ursule Dupont - 01/04/2014

1 2 3

Negru | Rossu | Biancu | Ghjallu | Critica | Feuilleton




Anima Cappiata !

Torna altri rumpistacchi chì ci impuzzicanu incù i so testi, vulendu propiu esse letti per sperà ottene una qualunque gloria ch'elli ùn anu micca in a so vita viota è senza intaressu. Bon... forze chì ghje vera. Ma ci n'impippimu. È pò, a mi diciarete, bloghi litterarii, nant'à a tela, è sopra tuttu nant'à a tela corsa, ci n'hè ghjà à buzzeffa ! Tanti scrivanetti pumposi ! È bè tantu peghju ! O tantu megliu ! Hè solu una vitrina di più per fà scopre qualchi testi scritti, senza pritenzione, incù u core, incù e trippe, o incù e viscere chì vi cunveneranu...