Bloggu litterariu corsu

u 28 di Maghju 2014 - scrittu dà - lettu 318 volte

Gentleman driver


"-Alors, tu es prête ?! Tu es prête ou tu n'es pas prête ?????
-J'suis pas prête !!!! J'suis pas prête, j'sais pas quoi mettre !!!!!!"

Dans la chambre des trois filles, des habits partout. Sur les lits, les chaises, la commode. Pêle-mêle, les vêtements des deux cousines et de leur amie. C'était le soir du bal. Impossible de manquer ça. Impossible d'envisager d'y aller dans une tenue approximative, le moindre détail devait être étudié.
-Et mes boucles d'oreilles, tu les as vues mes boucles d'oreilles ?

Effervescence. Les filles s'énervaient, se disputaient, il était presque l'heure d'y aller.
L'aînée des trois adolescentes, âgée de 17 ans était brune, petite, les deux plus jeunes, qui avaient presque 15 ans, étaient plus grandes, l'une brune, l'autre blonde. Depuis leur plus tendre enfance, elles passaient les grandes vacances ensemble dans ce petit village de Corse où l'été était une saison si joyeuse et si festive.

Les journées commençaient souvent bien après midi pour se terminer tard dans la nuit. Au programme, baignade, lecture, préparatifs pour le bal. A 18h, au plus tard, il fallait être rentré de la rivière pour pouvoir se préparer car cela demandait du temps. Beaucoup de temps.

Les deux brunettes avaient encore de l'acné, cela les préoccupait au plus haut point, il fallait donc camoufler tout cela. Puis venait le moment des essayages devant le miroir où chacune donnait son avis aux autres. L'aînée était dans sa période mini-jupe. Les deux autres échangeaient parfois leurs habits.
Une quatrième amie se joignait parfois à elles. Là, elles étaient au complet.

En ce temps-là, les bals étaient nombreux. Plusieurs fois par semaine, un village du canton en organisait un. Nombre de jeunes, faute de véhicule, ne pouvaient s'y rendre. Nos adolescentes n'en manquaient aucun grâce à un homme providentiel.

Vieux garçon d'une cinquantaine d'année, Dominique vivait avec sa sœur, ne buvait pas, avait une voiture et adorait danser. Réminiscence de sa jeunesse insouciante, il honorait tous les bals de sa présence.

Faisant grand cas de sa sobriété et de sa probité légendaires, ainsi que de sa réputation de parfait gentleman, les parents lui accordaient toute leur confiance, il avait donc l’autorisation d'emmener ses jeunes amies danser.

Sur le coup de 22h, sa voiture, une Renault 19 Chamade dernier cri, s'arrêtait devant la maison pleine de rires juvéniles, et il klaxonnait deux fois.
"Il est là ! Il est là !!!" entendait-il hurler.

Lorsqu'elles n'étaient que trois, l'aînée des filles s'asseyait toujours devant, près du conducteur. Non pas qu'elle en ait eu envie mais c'était la seule à comprendre le corse et à le parler un peu. Dominique ne s'adressait à elles que dans sa langue maternelle. Sans que l'on sut pourquoi, il avait surnommé la plus blonde "Mémé", elle en était souverainement agacée.

Dominique parlait beaucoup et roulait lentement. Pour un trajet de trente minutes, il mettait une heure. Il racontait les bals de sa jeunesse, l'insouciance, le village plein de monde où il faisait bon vivre, hiver comme été, la valeur de la parole donnée. Lorsqu'il croisait une autre voiture, il s'arrêtait et donnait moult détails sur son propriétaire, allant jusqu'à évoquer son arbre généalogique. Les filles, au comble de l'impatience, poussaient de profonds soupirs.

Arrivées dans le village où se donnait le bal, elles priaient Dominique de les laisser loin du lieu où il devait se dérouler, afin de faire une entrée discrète. Dominique, fier de son véhicule et de ses occupantes, mettait un point d'honneur à les déposer juste devant.
Là, ils se séparaient, Dominique entrant en piste quand ses jeunes amies la quittaient. Sempiternellement vêtu d'un pantalon noir et d'une chemise blanche, encore fringant, il entrainait ses cavalières dans des tangos et pasodobles étourdissants.

Vers 2h du matin, lorsque ses forces le quittaient, il priait les filles de s'en aller. Ces dernières, à force de supplications, parvenaient à le convaincre d'aller les attendre en voiture. Fort mal installé, il s'endormait dans la Renault Chamade. Vers 5h, elles le réveillaient pour rentrer.

Tandis que le soleil se levait sur la vallée, Dominique, fourbu, apercevant l'affiche du prochain bal, les quittait en leur disant:
"A sta sera, o figliule ?" ("A ce soir, les filles ?")


              



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Torna altri rumpistacchi chì ci impuzzicanu incù i so testi, vulendu propiu esse letti per sperà ottene una qualunque gloria ch'elli ùn anu micca in a so vita viota è senza intaressu. Bon... forze chì ghje vera. Ma ci n'impippimu. È pò, a mi diciarete, bloghi litterarii, nant'à a tela, è sopra tuttu nant'à a tela corsa, ci n'hè ghjà à buzzeffa ! Tanti scrivanetti pumposi ! È bè tantu peghju ! O tantu megliu ! Hè solu una vitrina di più per fà scopre qualchi testi scritti, senza pritenzione, incù u core, incù e trippe, o incù e viscere chì vi cunveneranu...