Bloggu litterariu corsu

l'8 di Marzu 2013 - scrittu dà Nurbertu Paganelli - lettu 168 volte

Espace temps

Le chemin pour monter à la pointe de Capu Maio m'était familier. Je savais le temps qu'il me fallait pour y parvenir, c'est la raison pour laquelle je n'avais aucune raison d'être inquiet pour honorer mon rendez-vous avec le notaire. Même en trainant, même en imaginant quelques imprévus, je ne pouvais qu'être à l'heure. C'était ne pas connaître : "u stroppia tempu"...


Espace temps
Nunzia m’avait maintes fois répété de prendre toutes mes dispositions pour aller rencontrer Maître Marfisi. Le vieux notaire prenait souvent quelques jours de repos à Petra Bianca, le hameau où il conservait la maison familiale et aimait recevoir amis, parents et alliés, comme on dit, pour leur prodiguer ses conseils avisés.
J’avais, à plusieurs reprises, rencontré l’homme et celui-ci m’était fort sympathique. Attentif, discret, il portait sur les hommes et les choses un regard des plus pertinents, ce qui ne l’empêchait pas, quelquefois, de piquer des colères qui me le rendaient encore plus sympathique.
Nunzia avait raison, Maître Marfisi était vraiment l’homme de la situation. Lui seul pouvait démêler cette sale histoire de maison en indivision avec son misérable lopin de terre dont personne ne voulait vraiment. Il était, de plus, vaguement apparenté à Nunzia qui n’hésitait pas, devant les étrangers à la famille, de parler de « notre cousin Maître Marfisi ». Pour sûr, il ferait le maximum et une simple entrevue me permettrait, très certainement, d’y voir plus clair et de prendre enfin les bonnes décisions.
Vingt fois j’ai repoussé ma visite sous de futiles prétextes : trop chaud, trop venteux, trop fatigué, trop loin (oui, oui, même cela : trop loin…) et finalement, le dernier coup de fil de Nunzia m’a contraint à passer à l’acte. Elle m’avait lancé : « Je lui ai dit que tu passeras avant son départ car c’est lui-même qui s’étonnait de ne pas t’avoir vu…. ». Nunzia avait employé le futur et ne me laissait donc pas vraiment le choix. Elle était pourtant patiente, Nunzia, mais sa patience connaissait certaines limites.
Il me fallait exactement 45 minutes pour rejoindre le hameau de Pietra Bianca. J’avais déjà fait le trajet plusieurs fois lorsque je me rendais à Cala Suprana dont la demeure de Maître Marfisi n’est éloignée que d’un kilomètre tout au plus.
J’avais décidé de faire quelques photos avec le nouvel appareil numérique que je m’étais offert et souhaitais gravir les pentes un peu rudes du Capu Maiὸ avant de me rendre à mon rendez-vous fixé à 17h chez le notaire.

Le soir je préparais donc mon sac et mon matériel : « Voyons –me dis-je– il me faut, comme à l’accoutumée, trois quarts d’heures pour aller à Cala Suprana, il me faut ensuite une heure pour monter tout en haut du Capu Maiò, j’ai ensuite besoin de deux heures pour faire mes clichés et casser la croûte, je compte également trente minutes, au maximum, pour redescendre et là, en dix minutes à peine, je suis chez Maître Marfisi, je vais donc partir 5 heures avant.»
J’ai enfourché ma 125 à 11h précises, il fallait que je passe voir Nunzia en bas du village, acheter des cigarettes et faire le plein. Elle était ravie, Nunzia, de voir que sa petite manigance avait donné quelques résultats : « Je suis contente, tu me diras, ce soir, ce qu’il t’a dit le cousin…Moi tu sais, il m’en a déjà parlé mais je n’ai pas tout compris. Je n’ai pas votre instruction ! »
Je la regardai : elle avait pris un sérieux coup de vieux Nunzia ….elle si alerte, trainait maintenant un peu la jambe et faisait mine de comprendre tout ce qu’elle entendait alors que je me rendais bien compte qu’elle décrochait assez rapidement.
- A quelle heure déjà tu as rendez-vous ? me redemanda-telle pour la énième fois.
- A 5 heures !
- Mais il ne faut pas 5 heures pour aller à Petra Bianca avec ta moto !
- Je sais mais, regarde, il est presque midi et je dois faire quelques photos du côté de Capu Maiὸ, j’ai complètement loupé celles de l’an dernier, tu t’en souviens ?
- Bon, bon, alors sois prudent avec la moto et au retour n’oublie pas de t’arrêter ici et aussi : transmet bien le bonjour à Maître Marfisi hein ! Ô mon Dieu, j’allais oublier…tiens tu lui donneras ça….
Elle me tendit un petit paquet enveloppé dans du papier kraft et je l’enfouis immédiatement dans mon sac à dos.
- C’est de la confiture de figues, je sais qu’il adore ça !
La journée était déjà chaude mais vêtu d’un tee-shirt et d’un simple pantalon de toile, le soleil n’était qu’une agréable caresse sur mes bras et mes mains. J’avalais les kilomètres avec une douce volupté sans même remarquer que malgré la saison estivale, la route était dégagée. Quelques rares véhicules de touristes, quelques camionnettes ralentissaient mon trajet mais, en fait, bien moins qu’à l’ordinaire.

Cala Suprana était déjà tétanisée par le soleil. Les rares habitants qui y séjournaient l’été s’étaient tous blottis sous des pergolas improvisées tandis que d’autres préféraient demeurer à l’ombre des chênes. En me voyant garer la 125 et troquer mon pantalon pour un bermuda, l’un des habitants me regarda :
- Vous n’allez pas monter par cette chaleur ?
- Le chemin est à l’ombre et tout en haut il y a toujours un peu de vent, répondis-je.
- On n’en finit pas de récupérer des touristes assoiffés…L’autre jour il y en a même un qui a fait un malaise….
- Et des Corses assoiffés vous en récupérez aussi ? (J’avais prononcé ces quelques mots en corse….)
- Excusez-moi, me répondit l’homme, je ne comprends pas le corse, mes parents n’ont jamais voulu que je l’apprenne…Mais si je comprends bien, vous connaissez bien le coin ?
- Oui, oui très bien et je vous assure, il n’y a rien de vraiment pénible si l’on monte à son rythme…. Allez au plaisir….
Comme je l’avais prévu, l’ascension ne présenta aucune difficulté puisque le chemin d’accès était ombragé tout le long et le parcours sillonné de nombreux petits ruisseaux dans lesquels je trempai mes mains afin de rafraichir mes bras et mon visage.
Le sommet du Capu Maiὸ, granit clair sur fond d’azur, apparut après la dernière boucle, celle qui surplombe le chaos pierreux qui semble mettre un terme à la forêt de chênes. Comme prévu, il y avait un peu d’air, un air tiède, certes, mais qui était particulièrement bienfaisant après la petite heure de marche. Je décidai de casser la croûte, de suite, afin de pouvoir me consacrer ensuite à mes prises de vue. Trouver une place à l’ombre au sommet du Capu Maiὸ est chose facile tant le nombre de tafoni est important. Ceux-ci offrent, en général une vue imprenable sur la côte et la frange littorale qui s’étire en contrebas.
Je remarquai, un peu plus bas, un jeune couple qui avait dû faire l’ascension de beau matin et contemplait l’immense paysage qui s’étalait sous leurs yeux. Le couple ne me prêtait pas attention mais il ne pouvait pas ne pas m’avoir aperçu.
Elle, semblait se régaler du soleil, étalée sur un rocher presque plat, lui, muni d’un appareil pourvu d’un gigantesque zoom mitraillait.
Mon repas terminé, je quittai mon abri et passai non loin d’eux en les saluant. C’était un couple d’Allemands. Ils furent ravis de me rendre la politesse. L’homme me demanda, dans un français très correct, qu’elle heure il pouvait bien être. Je sortis mon portable du sac à dos et lui répondis qu’il était exactement 14h 30. Je repris mon chemin afin d’atteindre les blocs surplombant le paysage.
Les points de vue, au sommet du Capu Maiὸ sont remarquables mais très connus, il est assez difficile de réaliser un cliché qui présente un angle original tant le lieu a été photographié. Je tenais, pourtant, à avoir mes propres clichés et avais l’intime conviction de pouvoir y apporter une touche personnelle, ne serait-ce qu’en y intégrant un menu détail en avant plan. C’est cela que je voulais en fait : trouver un tronc d’arbre, une herbe folle, une branche me permettant de mettre en valeur, d’une manière personnelle, ces espaces archi connus que j’avais sous les yeux… Malgré la chaleur, l’air était limpide et aucune brume ne venait ouater l’horizon. Les couleurs resplendissaient plus qu’elles n’étaient écrasées par le soleil de feu.
Je croisai à nouveau le couple d’Allemands à mon retour. Ils n’avaient pas changé de place. Elle tout au moins, puisque l’homme faisait d’incessants aller et retour entre l’endroit où était sa compagne et les points à photographier…lui montrant sur l’écran de son appareil les vues qu’il avait réalisées.

L’homme me sourit et me demanda si j’avais terminé. Je lui répondis que oui et qu’il me fallait redescendre pour honorer un rendez-vous. Il souhaita savoir s’il existait un autre chemin pour redescendre et atteindre le même endroit. Je lui dis que oui, qu’il existait un autre chemin, plus rapide, permettant de couper directement à travers la forêt mais la descente était un peu plus délicate.
- Si vous prenez là, à gauche après le gros rocher, vous serez en bas en moins de quinze minutes.
- Je vous remercie, nous allons peut-être l’emprunter ma compagne et moi.
J’entrepris, pour ma part, la descente vers Cala Suprana après les avoir salués.
A mesure que j’avançais la chaleur devenait de plus en plus intense et à mi-chemin il me fallut m’arrêter non loin du second cours d’eau afin de me rafraichir le visage. Je n’avais pas imaginé combien l’air des cimes pouvait donner cette sensation de relative fraîcheur que j’avais éprouvée jusque-là. Ici c’était déjà une fournaise malgré l’ombrage que dispensaient la chênaie et les cours d’eau.
Cala Suprana ne devait plus être très loin lorsque je croisai le couple d’Allemands qui remontait. Je ne les avais pas vus descendre.
- Vous avez oublié quelque chose ?
- L’homme me regarda, surpris…
- Vous avez oublié quelque chose en chemin ?
- Non, non Monsieur nous montons au sommet...
L’ Allemand me donnait le sentiment de n’avoir pas vraiment compris ma question, ni même de m’avoir reconnu.
Dès les premières maisons je reconnus l’homme qui m’avait apostrophé le matin, je lui fis un signe de la tête, il parut étonné de me revoir…
- Vous avez déclaré forfait ?
- Pas du tout, je reviens du sommet …Il ne faisait pas si chaud tout en haut…
- Un peu d’eau fraîche ?
- Avec plaisir….
Je bus le grand verre d’eau qui m’était tendu et remerciai l’homme qui me regardait avec un sourire amusé.
Il fallut que je verse un peu d’eau de ma gourde sur le siège de la 125 afin que je puisse y prendre place. Je l’avais bien garée à l’ombre mais le soleil avait tourné cuisant littéralement le skaï du siège.
Pietra Bianca était juste en face, écrasée par la canicule. Je mis le moteur en marche et l’arrêtai quelques instants plus tard devant la maison de maître Marfisi. Le hameau était désert, les quelques habitants devaient être allongés, en train de faire la sieste. J’hésitai à frapper à la porte du vieux notaire…peut-être était-il encore allongé….. J’avais l’impression diffuse qu’on ne m’attendait pas….lorsque je vis Emilie, la servante, sortir par la porte de la cuisine…elle m’observa et vint vers moi d’un air interrogatif.
- J’ai rendez-vous avec Maitre Marfisi, Emilie
- Vous me connaissez ?
- Je suis Xavier Bartoli répondis-je avec un grand sourire
- Mon dieu, excuse- moi, ou avais-je la tête….Viens que je t’embrasse Xavier !
Emilie, la brave Emilie ne me reconnaissait jamais et en était toujours confuse. J’avais passé chez elle deux semaines lorsque, enfant, ma mère était tombée gravement malade et elle ne manquait jamais de me le rappeler à chaque fois qu’elle me voyait.
- Ah Xavier, j’ai toujours en tête le petit garçon qui faisait des bêtises et qui se battait avec tous les garnements du village….Mais c’est toujours toi, il n’y a pas de doute… Mais, j’y pense…. pourquoi arrives-tu si tôt ?
- J’ai rendez-vous avec Maître Marfisi à 17 heures Emilie….Quelle heure est-il ?
Je sortis le portable de ma poche et appuyai sur la touche rouge : le téléphone afficha 14h 10. Je demeurai pétrifié.

- Comment cela : 14 heures et dix minutes…. ?
- Tu as toujours été tête en l’air mon petit Xavier…Confondre 14 heures et 17 heures….Il n’y a que toi pour faire une étourderie pareille.
- Mais…Emilie …Ce n’est pas possible ….ce n’est pas possible
- Hé …C’est le soleil qui se trompe alors O Xavier … ! Veux-tu un café ?

Je refaisais dans ma tête le parcours… midi : départ de chez Nunzia , une heure : arrivée à Pietra Bianca, deux heures : au sommet du Capu Maiὸ…C’est à dire à l’heure qu’il est en ce moment. Compte tenu qu’il faut environ une demi-heure pour redescendre…quel temps avais-je donc passé là-+haut ? Le temps de manger, de prendre mes photos il me fallait bien deux heures, peut-être en avais-je passé moins…une heure ? Mais alors je n’aurais eu qu’une heure d’avance et non trois ? Même en supposant que je n’avais fait que monter et redescendre de suite, le compte n’y était pas !
- Alors ce café ? repris Emilie en me fixant du regard.
- Oui, oui va pour le café….
J’étais abasourdi. Et ces Allemands qui m’avaient demandé l’heure tout en haut….Quelle heure était-il déjà ? 14 h 30. Je m’en souvenais maintenant. Comment pouvait-il être 14h 30 en haut et 14h 10 maintenant….
Je pris le temps de raconter à Emilie mon trajet. Elle écouta attentivement, scrutant mes paroles. Elle m’interrompit au moment où je lui racontais que je m’étais rafraîchi dans l’un des petits cours d’eau qui traversait le chemin qui mène à Capu Maiὸ.
- Dis-moi Xavier, il y a trois petits ruisseaux qui traversent le chemin, dans lequel t’es-tu désaltéré ?
- Je ne me suis pas désaltéré, j’avais de l’eau pour boire, je me suis simplement rafraîchi la figure et les bras….C’était celui du milieu, celui qui a l’eau si limpide….
- Ce cours d’eau se nomme u Stroppiatempu … Depuis que je suis petite, je sais qu’il a la propriété de raccourcir ou d’allonger le temps de ceux qui s’y baignent…Un jour, je me souviens que mon père en avait parlé avec une équipe de géologues venue pour effectuer des sondages et ces messieurs lui avaient répondu que le filet d’eau était probablement sur une faille….
- Sur une faille ?
- Il paraîtrait que les failles rocheuses ont la faculté de perturber les instruments de mesure et peuvent agir sur le temps qui s’écoule. Moi je n’en sais pas plus et de toute manière je n’y tremperais jamais mes mains dans ce ruisseau.
Elle avait prononcé ces derniers mots en se signant comme pour repousser un maléfice.
- Mais enfin Emilie, c’est absurde ! Regarde, je vais te montrer, sur mon appareil, il y a les photos que j’ai prises là-haut et il y a même le jour et l’heure…Je n’ai pas rêvé tout de même !
J’avais sorti mon appareil de mon sac et effectuai quelques manipulations pour retrouver les prises de vue enregistrées… « Regarde, je vais te montrer, je n’ai pas rêvé, nom d’un chien, Emilie ! »
Il y avait bien les photos de la veille avec les dates et les heures de prise de vue, il y avait aussi les photos de l’avant-veille que je n’avais pas encore basculées sur mon ordinateur…Il n’y avait aucune photo de la journée…
Où étaient donc passées les heures qui s’étaient écoulées entre mon ascension du Capu Maiò et mon retour à Petra Bianca ?
- Allez viens faire une sieste dans la chambre d’ami, Maitre Marfisi sera de retour à ton réveil, viens donc te reposer…


              



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Torna altri rumpistacchi chì ci impuzzicanu incù i so testi, vulendu propiu esse letti per sperà ottene una qualunque gloria ch'elli ùn anu micca in a so vita viota è senza intaressu. Bon... forze chì ghje vera. Ma ci n'impippimu. È pò, a mi diciarete, bloghi litterarii, nant'à a tela, è sopra tuttu nant'à a tela corsa, ci n'hè ghjà à buzzeffa ! Tanti scrivanetti pumposi ! È bè tantu peghju ! O tantu megliu ! Hè solu una vitrina di più per fà scopre qualchi testi scritti, senza pritenzione, incù u core, incù e trippe, o incù e viscere chì vi cunveneranu...