Bloggu litterariu corsu

l'8 di Farraghju 2015 - scrittu dà - lettu 289 volte

Deus ex machina


Elle en cuit, la vie des pékins moyens virevoltants comme des asticots éphémères. Qu’outre se balancent leurs ailes barrées, suintes leurs stries sanguinolentes. Leurs larmes couleront comme autant de serpents venimeux issus d’abysses sombres et gluants.
Abstrusius fait feu de ses deux fuseaux dans la rue principale, pas une âme. Rien ne ressemble à rien dans la ville déserte. À part l’oiseau verdâtre faisant danser sa colossale ombre anathème.
Les constructions, telles des dents au repos, se chevauchent ; irrégulières, elles en côtoient d’autres décrépites et sans arêtes. Combien ont-elles croqué de destins ?
Une voix familière filtre du rez-de-chaussée de la maison verte.
Même timbre que celui d’Irène, qu’il avait tant aimée, trois ans auparavant, avant d’être séparés par un décret libéralo-laïco-libertairo-égalitaire, basé sur le vivre ensemble, stipulant le départ d’une femme sur trois vers un autre état pour assurer une parité de reproductrices entre les zones. Depuis lors, il se trouve plongé dans un chaos psychologique total, électrique et non fantastique.
Il s’approche, la voix imprègne l’espace sur la terre comme au ciel. Caché derrière un distributeur de stock-options, il la voit, le dos à la fenêtre grande ouverte. Elle fout un sac de jute sur la tête d’un vieux grabataire aux yeux innocents et lui balance des rafales de gifles.
Il entend ses geignements sourds.
 « Ça va t’apprendre à m’observer avec ton air narquois, vieux débris ! Tu n’auras ta poche de protéines et tes médicaments que demain ! »
Abstrusius en a le sang glacé. Une femme descend la rue en face, il s’éloigne de la maison verte – passer pour un voyeur pourrait lui coûter cher. Il repart. Pourtant, lorsque la femme le croise – encore un sosie d’Irène – elle se plante devant lui.
« Tu montes chéri ? »
Il reste bouche bée (une chance sur deux), poursuit sa route, l’esprit perclus de doutes.
Plus loin, un homme approche avec une hache. Un chien arrive devant celui-ci. Froidement, il le frappe de toutes ses forces. En trois coups, il est décapité.
L’homme regarde à présent vers Abstrusius qui entre dans l’église.
Abstrusius prend pied dans l’étau.
Il ne devrait point tousser. D’abord, ça use les îlots ; et ensuite, l’homme rode d’un pas félin avec sa hache, prêt à découper comme un poulet tout être rencontré.
Abstrusius ne croit plus en rien, sauf à la brise au bord de l’immense océan, à l’acide des batteries, ou encore aux poireaux sauvages.
Parfois, il voit un oiseau plaqué par une force trouble contre une roche à herses, sans issue possible, alors il pleure ; résidus d’une insouciance perdue.
 
Il se tient derrière un pilier, dans l’église en poussières, entend le souffle de l’homme dont le fil tranchant de la hache fait des étincelles sur le bénitier.
Comme un rat avant vivisection, la peur a avalé ses forces.
L’homme entend les battements de son cœur, il accélère son pas.
 
Le regard est glacial, il lève la hache, et la laisse tomber dans un vacarme métallique.
Face à face, miroir où l’un se voit dans l’autre.
Ils échangent, les pièces du puzzle s’imbriquent.
Abstrusius est face à celui qu’il serait devenu en vivant dans un autre contexte.
N’ayants gène sur gène, fibre sur fibre différents, ils savent instantanément qu’ils ne font qu’un.
Certes, son double est virtuel, pourtant, il a des choses à apprendre de lui.
L’avatar lui parle de l’influence de l’effet de groupe, de la peur se transformant en haine suicidaire.
De l’ultra capitalisme ayant entraîné le chaos pour l’humanité.
Il revient sur des faits remontant à d’autres siècles.
Longuement, il lui raconte l’histoire d’une humanité devenue folle, victime de l’avidité de ses dirigeants, de la rapacité de ses élites, et de l’abêtissement programmé des masses, réduisant le peuple à un conglomérat de consommateurs compulsifs, solitaires et décérébrés !
Deus ex machina.
Une abominable mécanique d’accaparement mondial qui avait conduit inévitablement au cataclysme.
 
Longtemps, ils discutent, jusqu’au moment où Abstrusius voit son alter ego se dissoudre.
« Ne pars pas ! Des mois que je ne parle pas vraiment à quelqu’un, des mois que mes pensées résonnent en vacarme délirant et percutent ma tête à coups de pointes acérées ointes de toxines ! »
Il pleure. Son avatar s’est volatilisé. Il n’en reste qu’une odeur de ralouf brûlé.
 
Abstrusius a compris. Irène et lui se sont démultipliés dans une dimension parallèle. Il a dorénavant le secret espoir de retrouver l’originale.
Hors de l’église, c’est un village de campagne. Le ciel est gris doux. Il monte sur une colline fleurie et s’arrête sans n’attendre personne, puis va près de la fontaine sur la place principale. Une foule approche, bruyante, il pense d’abord à une fête, il comprend vite qu’il n’en est rien, qu’il n’entendra pas des trucs du genre :
« Oh Martinu Pianchini, y avait un sanglier qui descendait vite vite et qui poussait un cantonu rond comme ça, avec ses cornes de devant ! »
 
Dans la première vague de la foule, trois camarades. Il lit dans leurs vies et leurs actes comme dans un livre ouvert : Roger, Gérard, Albert.
Il les revoit quelques temps en arrière…
Les trois comparses tentent de forcer la porte de la remise arrière de monsieur Colberti, le bienveillant et arrangeant épicier du village. Il n’a plus grand chose pour ses clients d’ailleurs, ayant lui-même un mal fou à nourrir sa petite famille. Colberti les surprend, leur fait la morale et ne portera pas plainte, il leur donne un pot de saindoux et un pain dur.
Mais ces tordus, tels des poulpes vexés, vont tout faire pour détruire le brave homme et sa famille, juste par méchanceté morbide.
 - Mon adjudant ! Un soir on a vu sortir du monde de chez la famille Colberti, les épiciers. Ils ont abrité et fait passer des juifs vers un groupe de résistants dans les montagnes ! Annonce Roger.
- Hier j’ai entendu parler le couple, ils disaient comme ça que les gendarmes étaient des salauds, des traîtres et des vendus ! Ajoute Gérard.
 - Même qu’on veut plus rien acheter là-bas. Nous, nous sommes trop honnêtes et trop patriotes ! Conclut Albert.
L’adjudant est vite convaincu.
 - Dommage que les mobiles n’existent pas encore, vous auriez pu prendre des photos à cinq millions de pixels ! Je vous crois sur parole, d’ailleurs je vais vite trouver d’autres témoignages chez des amis honnêtes ! J’ai besoin d’une promotion, merde, ma baronne n’en sera que plus volontaire au pieu et j’irai à la messe du dimanche dans un costume rutilant.
 
Abstrusius voit ces trois crapules débraillées et l’abruti d’adjudant dans un costume ridicule, derrière, d’autres beaux spécimens de la race humaine déboulent en traînant par les cheveux une femme, le sosie d’Irène.
« Tondez-la cette salope, elle s’est pris des saucisses de Francfort plein l’cul ! »
Sa bouche écume, elle n’a plus la force de plaider. Ses chevilles et ses poignets sont ligotés avec du fil de fer barbelé, ses chairs sont en charpie. Abstrusius lève les yeux comme pour invoquer une Force, il ne voit qu’une petite fille en dentelles, qui sautille d’une jambe à l’autre sur une passerelle suspendue en picorant une barbe à papa sortant d’un crâne de squelette.
Il court vers l’avatar d’Irène et réalise avec horreur qu’il avance au ralentit et que personne ne le voit. Une notable décrépie, avec du sperme séché de schleu sur la tronche, arrive avec une tondeuse.
 - Sale PUUUUUTE ! Tu as baisé avec toute la Gestapo, tu as dénoncé dix familles juives ! Et tu joues les résistantes ? Salope, tu es la "Vilaine Lulu" de la bande dessinée de l’horrible YSL ! S’écrit Abstrusius.
L’avatar d’Irène lui parle par télépathie.
« Je les conchie, car ils savent ce qu’ils font ! »
Pendant qu’elle se fait tondre, elle récite des vers de La Fontaine.
Abstrusius voit un autre de ses avatars dans la foule, il va le voir, lui demande pourquoi il suit la foule comme un mouton.
L’avatar s’explique :
 - Mais tu aurais fait comme moi, tu le sais, nous ne faisons qu’un !
 - Mais je vais changer les choses ! Trouver Irène et chier sur cette putain d’humanité ! Rétorque Abstrusius.
 
Parfois, il se dit que la terre n’est qu’une énorme couille, que lorsque la gigantesque bite inter cosmique va éjaculer, la terre va se vider de toutes substances parasites et ce sera très bien comme ça.
Après avoir vu, en Inde, des hommes tuer de vieux chevaux à coups de bâtons, il remonte le temps et les marches d’un immense temple monolithique aztèque. Là, il découvre un esclave au corps peint de jaune et au visage vermeil. L’air shooté, il porte un plumage en forme de papillon. Un prêtre le tire par les cheveux. Arrivé au sommet des innombrables marches verticales, le prêtre coupe une mèche du pauvre type. Plusieurs prêtres le maintiennent plaqué à une grande pierre. Puis, le sacrificateur, avec son couteau en silex (introuvable au téléachat) ouvre la cage thoracique en tranchant les cotes sur le côté (sans pléonasme). Il sectionne habilement les artères et arrache le cœur qui palpite gaiement. Abstrusius s’aperçoit que le sacrifié est son sosie en mode aztèque. Il vomit de mini étoiles ferrugineuses puis est aspiré dans un tunnel noir.
Il se dit qu’en tous temps, et c’est valable pour toutes les civilisations, les hommes ont eu besoin de s’abreuver du sang de leurs semblables, et que rien ne saurait changer. Le déclin de Rome ne coïncide-t-il pas avec la fin des jeux du cirque ? C’est bien dire.
 
Abstrusius se retrouve dans sa ville, secoué, perplexe, sur le fil, extra lucide comme à voir venir à lui un bovin aux yeux inquisiteurs et trouver la parade - vivant.
Irène a fait le job de son côté, ayant fait fortune avec son concept de "prospective du bonheur concret", voilà qu’elle peut choisir de vivre dans la contrée de son choix.
Lui marche désormais à l’instinct, il se rend au bord de l’océan, la brise le régale, les vagues aux ourlés blancs le ramènent à Victor Hugo.
Irène avance vers lui, ils pleurent de bonheur, à cinquante mètres l’un de l’autre, ils savent. Ils élèveront des chèvres sur les collines fleuries, ils ne s’occuperont plus des hommes, ils s’aimeront, toujours…


              



Dà leghje dinù

Ritornu - 03/05/2017

Sagapo - 29/10/2016

Parapachja - 11/06/2016

Ballu di rime - 08/06/2016

Mondu - 09/05/2016

Microcosme - 19/04/2016

Tobby - 12/02/2016

Le net a disparu - 01/11/2015

Scontru - 04/03/2015

Démission - 11/02/2015

Parallèles - 15/01/2015

L'omu di Cagna - 11/12/2014

Bogue - 09/10/2014

Sourire blanc - 03/10/2014

Poésie - 01/10/2014

Nature Loving - 04/09/2014

Mise au vert - 28/08/2014

Au revoir Maurice - 18/08/2014

Sous son aile - 13/08/2014

Recherche - 18/07/2014

Vols en écaille - 02/07/2014

Chant d'étoiles - 19/06/2014

Vertigo - 15/05/2014

Cavernes - 29/03/2014

L’esiliatu - 21/03/2014

Id´île volcanique - 10/03/2014

1 2 3

Negru | Rossu | Biancu | Ghjallu | Critica | Feuilleton




Anima Cappiata !

Torna altri rumpistacchi chì ci impuzzicanu incù i so testi, vulendu propiu esse letti per sperà ottene una qualunque gloria ch'elli ùn anu micca in a so vita viota è senza intaressu. Bon... forze chì ghje vera. Ma ci n'impippimu. È pò, a mi diciarete, bloghi litterarii, nant'à a tela, è sopra tuttu nant'à a tela corsa, ci n'hè ghjà à buzzeffa ! Tanti scrivanetti pumposi ! È bè tantu peghju ! O tantu megliu ! Hè solu una vitrina di più per fà scopre qualchi testi scritti, senza pritenzione, incù u core, incù e trippe, o incù e viscere chì vi cunveneranu...