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u 17 di Ghjenaghju 2014 - scrittu dà - lettu 249 volte

Des amants retrouvés


Mon oncle avait quatre-vingt deux ans. Il était pensionnaire d’une maison de retraite, une maison de vieux, destinée à des vieillards dont les moyens financiers étaient insuffisants pour leur permettre de résider dans une maison de retraite hôtelière occupée par des vieillards fortunés.
Mon oncle disposait d’une chambre individuelle meublée d’une table, de deux chaises, d’un lit, et d’un poste de télévision. Une chambre individuelle parce qu’il empêchait son voisin de chambre de dormir en lui racontant des histoires rocambolesques. Ou en faisant fonctionner la radio durant la nuit, le son au maximum. En recommençant dès que la gardienne de nuit quittait la chambre après avoir éteint le poste.
 - C’est interdit, monsieur Richard.
Le directeur avait concédé la chambre individuelle et lui avait donné le poste de télévision d’un pensionnaire décédé.
 
Monsieur Richard était le mari de ma tante. Lorsqu’elle est morte, une attaque cérébrale, il avait refusé de rencontrer qui que ce soit de la famille de sa femme, et nous avions cessé de nous voir. Sa femme n’appartenait qu’à lui, avait-il dit. Sa douleur, il ne voulait la partager avec personne.
Il avait renoncé à ses affaires. Elle n’était plus là pour les gérer avec lui, il ne serait plus là, lui non plus. C’était un couple profondément amoureux.
 
Leur maison était grande et confortable. Ils l’avaient achetée quelques années auparavant en pensant à leur vieil âge, et à l’hypothèse d’un handicap qui aurait nécessité une garde malade à demeure.
Pratiquement, il n’en sortit plus jamais. Sinon pour faire ses courses au supermarché parce qu’il fallait bien se nourrir. Revenu chez lui, il s’asseyait dans la cuisine, et contemplait le jardin qui se trouvait à l’arrière. Ou il s’étendait sur le lit de la chambre à coucher et regardait le plafond en pensant à sa femme.
A force d’être immobile, il s’efforçait de ne plus vivre. Il pensait que c’était une façon de mourir puisqu’il n’avait pas eu le courage de se tuer.
 
Puis, il avait rencontré Cécile qui était veuve. Au bout de trois semaines, ils couchaient ensemble et découvraient que parfois, ou souvent, la sexualité remplace les élans du cœur.
J’avais reçu d’un notaire un courrier qui m’informait que j’étais l’héritier d’un monsieur, pensionnaire d’une maison de retraite, qui n’était pas décédé mais qui avait tenu à ce que je sache que le jour où il mourrait, j’étais celui qu’il avait choisi pour hériter de ses biens.
 
Des biens ? Le notaire m’informa qu’à sa connaissance, il n’en avait pas, qu’il s’agissait de biens symboliques, que la symbolique autant que la sémantique accroissait la qualité des choses, c’est mon oncle qui avait tenu à ce qu’il me le dise. Il avait prétendu que j’étais un garçon intelligent qui saurait apprécier ses propos.
Ma tante était morte vingt ans auparavant, et j’étais curieux de revoir ce mari qui par amour avait exigé l’exclusivité de la vie et de la mort de sa compagne mais dont le veuvage n’avait pas éteint les pulsions. Il avait constaté qu’on pouvait tout à la fois aimer sa femme défunte, et trouver chez une autre de quoi les satisfaire.
C’est ce qu’il me raconta par morceaux durant les visites que désormais je lui rendais. Il avait l’air d’en jouir en me fixant dans les yeux pour juger de mes réactions. Le plus beau, je le devinais à ses hésitations et à des propos qu’il distillait comme un auteur qui ménage ses effets, le plus beau, je le pressentais, était à venir. Mais c’était quoi : le plus beau ?
 - Elle faisait bien l’amour, Cécile. A toi, je peux le dire. Après tout, je n’avais que soixante deux ans et elle, à peine cinquante-cinq. Elle avait du tempérament. C’est drôle, on ose davantage avec une étrangère qu’avec celle qu’on a épousé à l’adolescence, et à qui on a promis de ne jamais rien cacher. Il n’y a pas de morale en amour. Ni morale ni justice.
Il était l’heure de fermer. Il me retint par le bras.
 - Je ne sais pas si je dois le dire.
Il s’était levé pour rejoindre sa chambre.
 
Je lui rendais visite tous les vendredis. Ce qui m’apparaissait au début comme les bavardages d’un vieillard à qui je rendais visite par compassion, excitaient désormais ma curiosité. Cet homme, pensais-je, est en train de me dire des choses importantes. Je n’imaginais pas en quoi elles étaient importantes mais je savais qu’elles l’étaient. Il suffisait d’attendre.
Cécile et lui n’avaient pas grand chose à se dire. Cela ne les gênait pas. Lorsque le silence s’installait, Cécile disait :
 - Tu viens.
Et ils allaient se mettre au lit.
 
Leur liaison avait duré cinq ans. Je ne sais pas si elle avait été heureuse, il ne l’avait pas dit formellement ni le contraire d’ailleurs, mais elle avait été inventive. De sorte que lorsque Cécile s’enticha d’un amant à peine plus jeune que lui, ce qui l’avait blessé, c’était qu’elle partageait avec ce bellâtre des audaces dont il avait pensé que c’était à lui seul qu’elle les avait destinées.
Il avait le sentiment d’avoir été frustré d’un droit de propriété, en tout cas de copropriété, qu’il avait sur les exercices amoureux auxquels ils s’étaient livrés. Du temps de son épouse, il aurait rougi en les évoquant.
 - Vous pensez encore à ça, mon oncle ?
 - Je ne suis pas encore gâteux. Il y a longtemps que j’ai séjourné aux États-Unis, ça n’empêche pas que je me souviens très bien de New-York. Et ça n’est pas désagréable. Cécile prétendait qu’on pouvait faire l’amour bien après quatre-vingt ans.
 - Quatre-vingt ans ?
 - Il me regardait avec ironie.
 
Il n’était pas resté seul très longtemps. Six mois plus tard, il faisait la connaissance d’une dame plaisante d’aspect qui prenait le thé à la terrasse d’un café. Lui, il buvait un café déjà tiède, en regardant les passants.
 - Il fait beau aujourd’hui.
Elle avait eu l’air de réfléchir, elle l’avait regardé un instant.
 - C’est vrai, il fait beau.
Ce fut sa troisième compagne, Hélène.
 - Je te le jure. Si elle n’était pas morte, elle aurait été la dernière. Tant elle avait de qualités.
 - Elle est morte?
Les larmes lui mouillaient les yeux. Il se leva et retourna dans sa chambre en trainant les pieds.
Le vendredi suivant, il avait hoché la tête.
 - Quel est l’imbécile qui a dit : de l’audace, encore de l’audace. Moi, j’ai longtemps hésité. Et j’aurais du hésiter plus longtemps encore. Peut-être un jour de plus. C’est souvent le dernier jour qui est déterminant. En réalité, la dernière seconde. Tant que la chose n’a pas été faite, elle n’a jamais existé. Et tout serait différent.
Il avait ajouté :
 - Il n’y a pas de morale.
Le bellâtre était mort après quinze ans de vie commune avec Cécile.
 - Vous voyez qu’il y a une justice, mon oncle. Avouez que vous avez été content ce jour-là.
Je le disais sans conviction. J’imaginais qu’après plus de quinze ans de séparation, presque seize, et à leur âge, les blessures d’amour propre avaient disparu. Et l’union ave Hélène qui l’aimât sans éclats, sans passion spectaculaire mais profondément, avait du lui être chère. Somme toute, il aurait du être reconnaissant à Cécile. C’est à Cécile qu’il devait sa rencontre avec Hélène, non ? Je l’avoue, je connais peu la psychologie masculine.
 
Cécile avait téléphoné le jour même de la mort de son compagnon, il avait reconnu sa voix immédiatement. Son cœur s’était mis à battre plus fort.
 -  Il est mort.
Il avait deviné de qui il s’agissait. Elle l’annonçait à mon oncle parce qu’il lui semblait que c’est à lui qu’elle devait l’annoncer en premier. A qui d’autre, pensa mon oncle qu’une joie soudaine avait envahi.
 - Mort. Il m’a laissée seule.
 - Courage, Cécile. La vie n’est pas finie. Je vais venir.
 - Oh Richard ! Il m’a laissé seule.
Après tant d’années, il la revoyait de mémoire comme s’ils s’étaient quittés la veille. Chaque détail de ce qui fut leur dernière nuit d’amour lui revenait. Il en avait conscience une fois de plus, ils avaient vécu une passion torride. Et le destin leur offrait de la poursuivre.
 - Tu le sais : quand le désir d’une femme te submerge plus rien ne compte. Ne mens pas. Le désir aveugle, et engourdit le cerveau.
Est-ce ma faute si Hélène est morte en même temps que lui. Les dernières années de la vie d’un homme sont comme des diamants, c’est un crime que d’en ternir l’éclat. Quel que soit le prétexte qui sera oublié dès qu’il sera passé de l’autre côté.
Il avait parfois parlé la tête basse si bien que j’avais du me pencher vers lui pour l’entendre. Il avait entrecoupé ses propos de silences dont je ne savais pas s’ils étaient voulus ou s’ils étaient dus à son âge. Il arrivait, j’en étais convaincu à présent, à cet essentiel, ces choses importantes, que j’avais pressenti dès nos premières rencontres.
 - Mon oncle, vous n’avez pas ?
 
J’étais incapable de poursuivre. Une chose est de penser que les hommes sont capables de tout, une autre est de constater que c’est vrai. Et d’être le confident de ce qu’il faut bien appeler un meurtrier. Est-ce que les prêtres, dans leur confessionnal, éprouvent la même angoisse?
C’est du cyanure qu’il avait versé dans le vin dont ils buvaient une bouteille tous les soirs pour se détendre avant de dîner.
 - Hélène n’a pas souffert, je t’assure. Elle est morte sur le champ.
Ce jour-là, étendu sur le lit, c’est à Cécile que mon oncle pensa longtemps avant de s’endormir. Ses rêves furent ceux d’un adolescent. Par pudeur, il attendit le lendemain des funérailles pour revoir Cécile.
Seule, la voix n’avait pas changé. Son visage s’était épaissi mais ses lèvres étaient encore pulpeuses. Il l’embrassa sur la bouche.
 - Je suis contente que tu sois venu. J’ai appris qu’Hélène était morte. Pauvre Richard. Nous n’avons pas de chance tous les deux.
Il la serra contre lui. Elle se laissa aller, davantage parce qu’il la serrait que poussée par le désir. Il lui embrassait le cou à cet endroit qui jadis mettait en marche son petit moteur comme ils disaient. Elle avait le cou ridé d’une vieille femme.
 - Tu veux te coucher ?
 
En se déshabillant, il voyait dans le miroir de la salle de bain son ventre proéminent qu’il tentait d’atténuer en se raidissant. Quant à Cécile, ses hanches s’étaient élargies et des plis lui cernaient le ventre. Elle avait toujours été encline à la cellulite. Il détourna la tête et se glissa sous les draps. Lorsqu’elle le rejoignit, il lui entoura le cou tandis qu’elle plaçait la main sur son sexe.
Ils restèrent au lit près d’une demi-heure sans rien se dire. Le haut de sa cuisse était mouillé mais chacun d’entre eux, finalement, avait fait l’amour tout seul. En fermant les yeux.
 - Tu es déçu ? Tu veux rester ?
 - Tu es gentille. Il faut que je rentre. Je reviendrai demain.
Elle sourit en soupirant.
 - Ce n’est jamais comme avant.
En rentrant chez lui, il lui sembla que l’appartement était froid. Il avait du fermer le chauffage avant de partir. Sur la table de la cuisine restait la tasse vide du café qu’il avait pris la veille en se levant. Il s’assit, la tête entre les mains, les coudes sur la table, en pensant à Hélène qui l’avait quitté. Un frisson, parfois, le secouait. Il prit un gilet qu’il enfila sur son pull.
Est-ce que lui aussi avait changé physiquement autant que Cécile ? Il n’avait pas de chance. Toutes les femmes qu’il avait aimées étaient mortes. Il restait seul comme un chien abandonné.
Il secoua la tête.
 - Il n’y a pas de morale dans la vie.


              



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Torna altri rumpistacchi chì ci impuzzicanu incù i so testi, vulendu propiu esse letti per sperà ottene una qualunque gloria ch'elli ùn anu micca in a so vita viota è senza intaressu. Bon... forze chì ghje vera. Ma ci n'impippimu. È pò, a mi diciarete, bloghi litterarii, nant'à a tela, è sopra tuttu nant'à a tela corsa, ci n'hè ghjà à buzzeffa ! Tanti scrivanetti pumposi ! È bè tantu peghju ! O tantu megliu ! Hè solu una vitrina di più per fà scopre qualchi testi scritti, senza pritenzione, incù u core, incù e trippe, o incù e viscere chì vi cunveneranu...