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u 6 di Farraghju 2013 - scrittu dà - lettu 226 volte

Demonio


Demonio
Mon petit chalet est comme je le rêvais, tout en rondins de bois. Des meubles en olivier massif, une grande cheminée en pierres trône au centre de la pièce principale.
 
Je suis seul, les flammes de la cheminée sont superbes, vives, jaunes, la braise orange scintille plus qu’une rivière de diamants autour du cou de Liz Taylor. Une chaleur bienfaisante m’envahit, surtout après une séance intense de deux heures de musculation. Par terre, sur le tapis épais, des coussins partout, quel bonheur, il y a une soirée Hitchcock à la télé. Les Oiseaux, puis un reportage sur le cinéaste, et enfin, Psychose. Ce vent violent et la pluie forte qui commence à tomber me font apprécier encore plus mon cocon. Je regarde l’eau tomber par la grande fenêtre du salon, j’adore les arbres, stoïques dans la tempête, avec leurs formes variées et parfaites. Un bon whisky, puis un plateau télé, je suis heureux, seul mais heureux. Du moins je savoure ce bien être.
 
Pourquoi ai-je commencé ce journal intime ? Je n’y avais jamais songé pourtant, disons que ça a été de l’écriture automatique. Tout a commencé cette nuit-là, je vais retranscrire les mots tels qu’ils ont été écrits, ma main que je ne contrôlais pas saisissant un stylo, et s’activant très rapidement sur une feuille.
 
… Des yeux… Blancs… Souffle glacial… Yeux morts…Fenêtre …Voix d’outre-tombe… C’est l’heure…possessionem
Je reviens à l’histoire, pour cette première manifestation ça a été les seuls mots sortis malgré moi, dans le même temps un visage démoniaque était à la fenêtre, avec des yeux blancs et une bouche démesurée, déformée par un rictus horrible. Et plusieurs voix, certaines très aiguës, d’autres graves et caverneuses, prononçant des incantations en plusieurs langues. Des algues et des plumes, avec une odeur nauséabonde, sont apparues dans le salon. Une fois le stylo relâché, paniqué, j’ai pris mon fusil, je l’ai chargé de chevrotines, et suis monté dans la mezzanine où se trouve ma chambre. J’ai zappé jusqu’à trouver une comédie à la télé, pour me calmer. Au bout d’un moment, je vois le fusil entrer en lévitation, s’arrêtant à quelques centimètres du plafond. L’écran télé devient noir, les mêmes yeux blancs, et la grande bouche tordue y apparaissent. Machinalement j’essaie d’éteindre mais rien ne se passe. Je suis pétrifié, je ressens juste la douleur dans ma mâchoire tellement j’ai la bouche grande ouverte. Il y a toujours trois voix en une, je ressens juste que si je regarde les yeux, ce démon prendra possession de moi. La télévision s’élève, le lit, des habits, ces derniers matérialisant un homme pendu. Puis un cri d’une puissance inouïe, d’ailleurs j’ai poussé un grand cri en même temps, et ne suis pas passé loin de perdre définitivement la raison. Puis plus rien, une fois le lit, le fusil, la télé et les habits retombés, le calme. Mais en moi, installée, ancrée dans chaque pore de ma peau, la peur ! Je descends, la respiration coupée, les yeux mi-clos, comme s’ils n’étaient plus aptes à revoir ça, je ferme les volets. Je contrôle toutes les fermetures. Je remets des bûches dans la cheminée. Fusil en main, j’attends le jour…Enfin, les premières lueurs, je dors quelques minutes. Puis ma main gauche, pourtant je suis droitier, prend un stylo et écrit :
Videbunt cadavera virorum qui prevaricati sunt in me, vermis eorum non morietur, et ignis eorum non extinguetur, et erunt usque ad satietatem visionis omni carni.
 
Je balance tous les écrits dans un tiroir, puis j’entends une voiture. Ouf ! Soulagement, c’est la factrice, je dois avoir un recommandé. Elle klaxonne, je déverrouille, je sors, soulagé, elle est de dos, elle se retourne :
 - Tu permets que je sois la messagère des rachis vrillés ? AH AH AH !
Sa voix est rauque et masculine, ses yeux blancs et sa bouche démesurée. Comme l’apparition de cette nuit. Elle me tend une enveloppe sale, elle repart en marche arrière, à fond, elle me fixe dans les yeux avec un rictus horrible, et arrive à éviter arbres et rochers, sans les voir… Les arbres ont changé de forme, ils ont des yeux blancs gravés. Leurs branches des bras décharnés. La terre s’est appauvrie, elle n’est que poussière grisâtre, les roches ont changé de place, et de formes.
 
Je rentre, dévasté, me disant que ça y est, je suis en enfer ! Je me barricade et ouvre l’enveloppe, je pousse un hurlement et jette la photo qui s’y trouve au feu, elle en ressort aussitôt, intacte. Je suis sur la photo, la tête dans l’autre sens, le tronc vrillé, les pieds sur les épaules, les yeux blancs et la bouche démesurée ! La peur enfle, irrationnelle, dangereuse, pire que la mort, je ne suis plus qu’un petit lapin qu’on aurait balancé au cœur d’une meute de loups affamés, mais ils ne me bouffent pas de suite, ils sont partout, ils guettent, ils approchent, je vis ce sentiment, en pire.
 
La nuit suivante. Je ne mange pas, je bois du whisky, je suis dans un état second. Un stylo et une feuille flottent dans la pièce. Ma main gauche veut les saisir, je lutte et me détourne. Une voix douce m’appelle par mon prénom. La voix vient de la chambre, je monte avec le fusil, une vieille dame pendue me sourit, je la connais, elle est morte il y a deux ou trois ans. Elle a consacré toute sa vie à s’occuper de l’église et des curés successifs du village. Elle me dit :
 - Viens dehors, on donne une fête en ton honneur, c’est l’heure, viens…
Je claque la porte et redescends. Les volets sont ouverts et je ne peux m’empêcher d’aller voir. Un ancien voisin, mort il y a quelques années, est près de la fenêtre, les yeux exagérément grands, un sourire affreux, il montre du doigt une direction. Je regarde et vois une femme, la dernière de mes aventures, elles est traînée par les bras et les jambes, par des personnes âgées, toutes de la région et décédées. La pauvre fille me regarde, terrorisée, elle a déjà le rictus de la mort violente.
Je tourne machinalement le regard vers la photo de ma grand-mère, je regarde dehors, ils ne sont plus là. Troisième nuit, écriture automatique : BELIAL… OROBAS… YPÈS… La main s’arrête nette. J’entends des gémissements plaintifs de plus en plus lointains. Puis rien. Pour en avoir le cœur net, j’appelle la fille que j’ai vue dehors. Messagerie : PRENDS-MOI ! Le hurlement manque de me crever le tympan, je balance le téléphone éteint, sur le canapé. Mon oreille siffle, je mets un talkshow pour voir des gens bien vivants, entendre parler et rire. Mais comment serait-il possible de se rassurer.
 
Heureusement, dans la journée, j’ai rentré un beau stock de bois. Le feu brûle jour et nuit, comme s’il devait m’aider à éloigner les démons. Plus de whisky, va pour un rhum. Je suis bien calfeutré, fusil chargé, je reprends même un peu confiance, je vais dormir ici, devant la télé, près de la cheminée.
NON !
Dans un fracas épouvantable quelque chose descend par le conduit de la cheminée, je me lève et recule, le fusil pointé. D’abord une tête, à l’envers, je tire ! Puis le corps, c’est la fille avec qui j’ai eu une aventure, elle a une plaie béante à la gorge, les jambes entrelacées comme des scoubidous, elle entre en lévitation : - Sumus a nice copulabis ! Me tolle ! Mets ta queue dans ma gorge ! Je tire, pleine poitrine, ça la fait ricaner, et du trou gros comme une assiette à dessert tombe des algues puantes et des plumes. Je deviens fou, j’hurle :
 - Dégage salope !
Elle avance vers moi, en flottant, la tête tourne sur elle-même dans des craquements d’os, elle chante : Je suis malade… Je vais vers le cadre de ma grand-mère. Elle arrive. Elle pue, elle part comme une vessie qui se vide tout à coup de son air, par le conduit de la cheminée. Je prends la photo de ma grand-mère et l’embrasse, par deux fois, elle m’a protégé. Sur mon portable éteint s’affiche : Protinus te videre
Épuisé je m’endors. Je replonge dans l’atmosphère d’un rêve que j’avais fait à l’âge de trois ans. Dans une grande pièce enfumée, je marche, des dizaines de lapins sont pendu par les pattes arrière. Leur peau a été retirée comme on retire un pyjama. Mon image se reflète dans leurs yeux noirs, ils semblent vivants, j’ai le sentiment qu’ils ont accédé à une dimension supérieure, entre deux mondes, leurs cadavres sont sublimés par une noblesse surréaliste. Le rêve se poursuit de manière inédite. Une force me pousse, dans le dos, si fort que j’avance à grande vitesse, à un mètre au-dessus du sol, je m’arrête net, une centaine de personnes, en cercle, en regardent une autre, allongée au centre. Cette personne c’est moi, les gens autour je les connais tous, certains de vu, d’autres très bien, certains sont morts. Beaucoup de ces gens, dans la vraie vie, me mettaient mal à l’aise. De plus haut, je me vois moi, allongé et nu, des asticots sortant par tous mes orifices. Toute l’assistance a un rictus de dégoût et de mépris. Ils se tournent tous vers moi, avec des yeux blancs. Je me réveille en sueur. Petit à petit, je reprends mes esprits. Je regarde de plus près la photo de ma grand-mère. Elle semble exercer une force répulsive sur les démons. En observant mieux, je vois, sur un meuble en arrière-plan, dépasser un bout de buste, et la tête de la vierge Marie. Je l’ai cette petite statue ! Dans le débarras sous les escaliers… Excité, j’ouvre la porte, je balance un tas d’objets qui y sont entreposés :
 - Putain elle est là !
Je l’embrasse, la serre contre moi, elle me protégera mieux que n’importe quelle arme. Elle est belle, sereine, douce, dégageant tant de force.
4 nuit, Marie me redonne de l’espoir, je pense ne jamais avoir ressenti autant d’amour et de respect pour une femme. N’ayant pas mangé depuis le début des événements, je me jette sur la nourriture, prisuttu, fromage de chèvre, gâteaux, vin rouge. Je me détends, m’allonge près du feu. Merde, ça recommence, un stylo et une feuille flottent dans la pièce, celle-ci se plaque sur la table, le stylo s’agite frénétiquement puis retombe. Sur la feuille est écrit : Sim magna domina, veniam ad vos. Fais partir la grande dame nous venons à toi. Comme à chacune des manifestations démoniaques, des algues puantes et des plumes apparaissent dans la pièce. Je rassemble toutes les traces de leurs passages, les brûle, aucune cendre, ça monte vers le haut, la flamme prend une luminosité divine, je comprends, ils ne reviendront pas.


              



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Torna altri rumpistacchi chì ci impuzzicanu incù i so testi, vulendu propiu esse letti per sperà ottene una qualunque gloria ch'elli ùn anu micca in a so vita viota è senza intaressu. Bon... forze chì ghje vera. Ma ci n'impippimu. È pò, a mi diciarete, bloghi litterarii, nant'à a tela, è sopra tuttu nant'à a tela corsa, ci n'hè ghjà à buzzeffa ! Tanti scrivanetti pumposi ! È bè tantu peghju ! O tantu megliu ! Hè solu una vitrina di più per fà scopre qualchi testi scritti, senza pritenzione, incù u core, incù e trippe, o incù e viscere chì vi cunveneranu...