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u 6 di Maghju 2015 - scrittu dà - lettu 367 volte

Coupable et victime à la fois

Version définitive


Pierre-Paul Marchini - Mimoria.
Pierre-Paul Marchini - Mimoria.
Sa gorge lui fait mal. Il étouffe de ses contradictions, de ses erreurs, de ses errances en marchant seul – on marche toujours seul – dans la grande plaine déserte crasseuse qui lui renvoie l’image de ce qu’il est. Un innocent salopard.
Au loin, se rapproche l’horrible spectre, condensé ignoble de ses pires craintes et de ses fantasmes les plus repoussants. Combien de temps encore cela va-t-il encore durer ? La menace plane depuis des dizaines d’années, sans jamais éclater. Comme une guerre en attente, un épouvantail peint dans l’air, ectoplasme fade, poisseux et inquiétant. L’angoisse est vaine pourtant.
Le ciel est clair, traîtreusement clair depuis si longtemps qu’il n’a plus qu’un très vague souvenir de ce qu’était un nuage. La pluie lui manque, mais jamais il n’osera se l’avouer. Il préfère continuer à marcher, tant qu’il en a la force, et que sa mémoire se tait, elle qui n’avait de cesse de lui rappeler qu’il n’y a plus d’espoir sur cette terre dévastée par l’absence de tout vent.
Un passereau chante. Non, il a rêvé. Il n’y a pas d’animaux dans ce pays. Il n’y en a plus depuis si longtemps. Il a forcément dû rêver. Comment peut-il encore se souvenir du cri de cet oiseau. Maudit inconscient ! Pourquoi resurgir maintenant ? Il ne sait même plus à quoi ressemble un passereau.
La plaine est déserte, et malgré quelques plantes, l’aridité y règne en un empire absolu. Comment peuvent-elles boire ? Ce devrait être pire que le Sahara, en ce lieu. Où puisent-elles de l’eau ?
Il se pose la question, mais au fond, n’en a cure, lui qui n’a plus bu une seule goutte de ce liquide depuis des années, depuis qu’il s’est abandonné tout entier dans le whisky et d’autres alcools forts qui lui ravagent la santé et lui permettent de rester debout, de ne pas s’asseoir, de ne pas abandonner. Il sait qu’il en mourra un jour, mais que faire d’autre ?
Du passé, il ne lui reste plus rien. Rien d’autre qu’un vieux jean usé par les ans, qu’il continue de porter pour ne pas être nu. Pourquoi s’en soucier ? Il n’y a personne. Qui pourrait l’accuser d’indécence ? Peut être juste par habitude.
Du passé, il tente de détruire les restes, ces souvenirs misérables qui cheminent sans arrêt dans son cerveau, qui lui obscurcissent le vide qu’il tente d’imposer à son esprit ravagé. Les ombres passent dans son théâtre de lumière, et sa mémoire s’embrase.
Les lueurs de la ville en feu continuent de hanter son esprit. Tout cela est si ancien pourtant. Les chars qui écrasaient les insurgés, les missiles qui répondaient aux cocktails Molotov des rebelles, les cris, les pleurs, le sang qui coulait. Il se souvient des hommes qui tombaient, fauchés par les balles, il repense à ces regards chargés de peurs, à ces cœurs ardents prêts à mourir pour enfin commencer à vivre, à ces barricades qui fragmentaient la cité en microcosmes indissociables. Il y avait des puissants qui vivaient hors de la réalité, et des pauvres qui ne demandaient qu’à vivre réellement. Il y avait ceux qui essayaient de s’imposer, et ceux qui ne cherchaient qu’à survivre. Et puis il y avait les fous, les innocents, les sadiques et les monstres. Toute l’humanité était là, en cette ville très ordinaire, à confronter leurs instincts, leurs volontés, leurs espérances.
Des prédicateurs s’étaient alors dressés au milieu de cette désolation, animés par la volonté sincère de guider les peuples hors du champ du chaos. Il se souvient de ce moine païen surgi de nulle part qui ne cessait de parler d’un monde meilleur. On l’avait retrouvé mort, au petit matin, du mauvais côté de la rue. Coupable, comme des millions d’autres, d’avoir été contraint à jouer à ce jeu dont nul ne pouvait connaître les règles. Les mots n’avaient plus aucun pouvoir face à la routine.
Ce n’était pas une guerre non. Ce n’était pas non plus une révolte. C’était juste le cycle normal de la fin d’une ère. Il n’y avait pas eu de saints, il n’y avait pas eu d’ordures, il n’y avait eu que des hommes et des femmes qui avaient été condamnés à suivre leur destinée. Il n’y avait pas eu de gagnants, il n’y avait eu que des perdants. Et le pire avait été pour ceux qui avaient survécu, témoins de la chute fatale d’un monde qui n’appartenait plus à personne. Il avait été de ceux-là. Il avait vu tous les siens périr. La femme qu’il aimait était morte dans ses bras qui tentaient encore de la retenir sur ce chemin infernal devenu universel… En fait non ! Il n’avait pas été là. Il n’avait même pas pu accompagner ses derniers pas avant qu’elle ne sombrât dans le néant. C’était un regret immense, un regret qui avait fini par entremêler le vrai et le faux dans son esprit. Tout cela n’avait-il été qu’un cauchemar ?
Le soleil se couche à l’horizon, mais il continue de marcher tant qu’il en a la force.
Après, il s’écroulera au milieu des plantes.


              



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