Bloggu litterariu corsu

u 14 di Farraghju 2014 - scrittu dà - lettu 326 volte

Coaltar


Même ma jupe, rouge encore ce matin perd sa lumière. Rien n’y résiste. Et ces gens, ces centaines de gens, tous identiques, tous copie-conforme semblent ignorer leur propre annihilation. Je deviens comme eux.
 

Alors pour ne pas sombrer, je pense à mon pays si coloré, si violent, tout en contraste. Si je reste encore ici, je vais devenir de pierre. Non, que dis-je, pas de pierre, la pierre vit. Mais de ciment, de poussières agglomérées par l’habitude, jusqu’à ce que l’habitude abdique et que nous perdions toute cohésion, pour finir par se fondre et disparaître en une fange immonde.
 

Le gris nous envahit.
 

 
 

Ce jour là comme tous les autres jours, j’étais dans ce train, secouée mollement, en un rythme poussif, et qui n’en finissait pas d’arriver en gare alors que mon esprit cherchait à divaguer. La vie se retire un peu plus en un reflux pernicieux à chaque fois que je me trouve dans une de ces monstruosités grouillantes, puantes et poisseuses. Dehors, tout est contrôlé, cadré, marqué au cordeau pour contrôler la masse informe de la foule pressée et sans âme. Tout n’est que fonctionnalité pour aller au plus vite, pour aller à l’essentiel. L’organisation poussée à l’extrême. Mais moi je cherche à rêver. Et en cette matinée du lundi 18 novembre, je m’accrochais à mes songes. Comme d’habitude.
 

Je fermais les yeux et tentais de donner des couleurs à l’univers qui semblait m’engloutir. J’avais si peur de tout oublier, de devenir comme le reste, gris gris gris… De m’estomper dans cette grisaille. Alors je laissais mon regard se perdre sur les blocs de bêton qui nous enserraient, couverts de graffitis autrefois bariolés, aujourd’hui déteints, comme le reste. Seule l’agressivité provocatrice restait encore palpable, révolte dérisoire contre l’implacable victoire de l’uniformité.
 

 
 

Je scrutais la moindre fissure, à la recherche d’une faille dans cette masse livide. Le miracle se produisit. Alors que le train semblait vouloir reprendre sa course en un cahot brutal, un éclat pourpre scintilla sous mon regard. Une grappe de clochettes délicates chargée de pluie, s’extirpait du mur par un faisceau de tiges et de feuilles d’un vert luisant, une orgueilleuse fleur conquérante et fière, qui offrait sa couleur avec morgue, et qui me fascina. D’où venait cette offrande ? Une graine perdue, venue d’un jardin mort depuis longtemps, une graine à la volonté acharnée, voulant pousser coute que coute ? Mais cela semblait inimaginable, pas dans ce cloaque de suie noirâtre ! Imaginait-elle avoir trouvé le lieu idéal ? C’était certainement le pire de toute la cité ! Elle ne pouvait survivre, je le savais. Je devais la sauver, la recueillir, la choyer, la garder chez moi, elle m’offrirait sa beauté et apaiserait mes peines, ses couleurs raviront mon cœur presque éteint. Et puis, lorsque je retrouverai mon île, elle sera ma compagne. Je lui offrirai à mon tour la vie qu’elle méritait.
 

Je passais le reste de ma journée en ne pensant qu’à elle… Ainsi que les jours suivants. Je passais le trajet à la guetter, à repérer l’endroit exact où elle poussait ; je me plaçais toujours du bon côté du train, et toujours près des fenêtres, ce qui en cas d’affluence et de cohue n’était guère facile. Il se déroula une semaine avant qu’une opportunité ne s’offrît à moi. C’était sur le trajet retour, le train était bondé. Celui de 18h12 était toujours plein comme un œuf, c’était un direct. Cependant, il avait pour habitude de cesser sa marche, et de stationner bêtement sans raison aucune. Et celui du 25 novembre ne dérogea pas à la règle. Il stoppa net. Mais les gens étaient excédés, et moi stupéfiée. Car, juste devant la porte contre laquelle j’étais écrasée, la fleur me souriait. Alors, j’actionnai le système d’ouverture de la porte, et celle-ci eu la bonne idée de se déverrouiller. Je sautai sur la voie, abandonnant mes infortunés compagnons de voyage et m’échappai de la presse mécontente. Je décidai de me soustraire à leur regard, sans entendre leurs cris de mise en garde, et de me cacher en attendant le départ du tas de ferraille. Seule, je me précipitai en courant vers le lieu où la plante avait décidé de s’épanouir. Je butai contre les rails et trébuchai dans le ballast, sur ces cailloux irréguliers qui roulaient sous mes semelles.
 

Elle était là, visible malgré la nuit qui tombait. Je ne pouvais l’atteindre facilement, même en me hissant sur la pointe des pieds. Mais les prises étaient nombreuses sur ce mur aux moellons saillants. Je grimpai et d’avec mon petit canif, j’entrepris de déloger proprement ma fleur en prenant particulièrement soin de ses racines. Le parpaing s’effritait et tout doucement j’élargis la faille et creusait avec acharnement. Je n’y voyais guère, et avec une seule main, je m’épuisais. Je descendais régulièrement de mon perchoir pour reposer mes muscles, en me promettant de faire dorénavant mes séances d’abdos quotidiennes et de soulever des poids pour renforcer mes pauvres petits biceps plus aptes à tripoter un clavier qu’à suspendre mon corps au-dessus du vide. J’arrachai enfin la plante à sa gangue de bêton dans un cri de victoire mérité. Ce fut avec euphorie que je m’échappai des voies et retrouvai la gare. J’avais hâte de retrouver mon appartement et de lui offrir un cocon de terre digne de sa beauté.
 

 
 

Durant plusieurs jours, elle sembla apprécier, offrant ses teintes à tout la maison, elles se propageaient, colorant le pot, la table, les rideaux, les murs de sa force vitale. Mais un matin, alors pleine d’un espoir nouveau, je remarquai quelques taches grisâtres sur ses jolies feuilles. Et cela ne fit qu’empirer les jours suivants. Rien ne l’arrêtait, ni mon amour ni mes prières ni mes soins… Je ne cessai de lutter, je la changeai de place, de pot, de terre, me demandant si je ne devais pas plutôt récupérer celle de son lieu de naissance… Mais le gris se répandait. Toujours plus tenace plus insidieux. Elle dépérissait impitoyablement. Partout. Sur moi et mon univers… Je devenais poussière alors que ma plante se mourait.
 

Pourquoi ? Pourquoi ? Pourquoi ?
 

Tu n’étais pas heureuse dans ce trou sombre, dans cette mélasse confuse, alors que les trains manquaient à chaque passage de t’arracher ta beauté ? Il fallait que je te sorte de là ! Tu avais poussé par hasard et je devais, moi, te sauver, te sortir de là ! Pourquoi-pourquoi- pourquoi meurs-tu ? Je veux ta lumière ! Je veux ta force ! Celle que tu donnais à cette muraille immonde et écœurante. Pourquoi la refuses-tu à moi ? Te faut-il la laideur pour prospérer ? Te faut-il la mort pour la vaincre ?
 

Mais le gris grignote ta substance, grignote ma substance. Le bout de mes doigts devient de cendre maintenant, ma chevelure se ternit, mes veines ne distribuent plus qu’un sang avarié, et je guette ta dernière étincelle de vie, que je suce avec avidité, pour retarder mon desséchement et le néant, je tourne en rond comme tes racines dans ton pot.
 

J’abandonne.


Catramata

Mancu a mio gunnella, rossa fin’à sta mane, ùn pò tene u so lume. Nunda ùn a pò francà. È quessa ghjente, ghjente à cintinàie, tutti stessi, tutti stampati l’uni nant’à l’altri, sembrendu ignurà u so pròpiu annientamentu. Diventu cume elli
Tandu, per ùn affundà, pensu à u mio paese cusì culuritu, cusì impituosu, tuttu in cuntrastu. S’o fermu sempre quì, m’aghju dà impetrà. Innò, cosa dicu eiu ? Micca di petra in fatti, chì a petra campa, ma di cimentu, di pòlvera ammuchjata da l’usu, fin ch’e l’usu rinunzia è ch’e no perdiamu ogni cuesione, per infine scaghjà si è smarisce in un guazzu schiffosu.
Ci invadisce u grisgiu.
 
Quessu ghjornu custì, quante tutti l’altri ghjorni, eru dentru stu trenu, scuzzulata cun fiacchera in un ritmu bolsu, ch’ùn era ancu à ghjunghje in gara mentre chì spiritu meiu cerca era in cerca d’evasione. Si ritira a vita un pocu di più in un riflussu pirniciosu ad ogni volta ch’o m’affaccu in una di quesse mustruosità bullente, puzzulente è piciosa. Fora, tuttu hè cuntrullatu, inquatrizzatu, stampatu drittu drittu per ammaestrà l’accolta smòrfia d’una frattamàglia sfrinata è senza anima. Tuttu ùn hè ch’e funziunalità per andà à u più prestu, solu à l’essenziale, cun l’urganisazione fin’à l’ultimu puntu. Ma eiu, bramu u sunnià. È per sta mane di u luni u diciottu di nuvembre, firmavu appiccicata à i mio sonnii. Cume usu meiu.
Chjodiu l’ochji, pruvendu à dà culori à l’universu chì paria di vulè inghjotte mi. Eru cusì impaurita di sminticà mi di tuttu, di duvintà quantu hè u restu, grisgiu, grisgiu, grisgiu… di svanìsce mi dentru stu grisgione.
Tandu lasciu perde si u mio sguardu nant’à i blocchi d’àstracu chì ci incinghjianu, cuperti di gràffitì, frisgiulati à i tempi, ma ormai stinti quante u restu. Solu l’aggressività pruvucatriccia era firmata sempre palpèvule, rivolta irrisòria contr’à l’implacàbile vittoria di l’unifurmità.
 
Scuntinavu a più minima sgrigna, à a cerca d’un inzecca dentru sta cuncolta sciàlbida. Stalvò u miràculu. Allora chì u trenu paria vulè ripiglià a so corsa in un trinnichime bistiale, un spampillime purpurinu lucicò sott’à sguardu meiu. Una caspa di campanelle dilicate carca di piossa si ritrasgia di u muru da un fàsciu di stìglii è di fronde d’un verde lucicante, un fiore orgugliosu, cunquistatriccia è fiera, chì rigalava u su culore cun alterìzia è chì m’affascinò. Da induve venia stu vòiu ? Una grana persa affaccata d’un ghjardinu mortu dapoi longu, una grana incù una vulintà accanita, in brama di cresce in tutti i modi conti ? Ma quessa paria inimaginèvule, dentru stu rumenzulaghju di fumàticu neru ! Averia imaginatu d’avè trovu u locu presceltu ? Era puru propiu di sicuru u peghju di tutta a cità ! Sopravvie ùn pudia, eiu a sapia. Duvia salvà la, uspità la, sciurà la, tene la ind’è mè, chì mi rigaleria a so bellezza è appacieria pinseri meii, i so culori rinviviscerianu u mio core guasgi spentu. È pò, quandu mi ne vulteria nant’à a mio isula, ella seria a mio cumpagna. Toccheria à mè à offre li a vita ch’ella meritava.
U restu di a mio ghjurnata, u passaiu pensendu solu à ella… è cusì fubbini dinù i ghjorni siquenti. U percorsu, u dedicaiu à spià la, à sculunnà u locu ghjustu induv’ella crescia ; mi mettia di u bon latu di u trenu, è sempre accant’à e finestre, cosa chì, in casu d’affluenza è di cumbùgliu ùn era tantu faciule. Una settimana trascorrì prima ch’e un uppurtunità si prisentessi à mè. Era nant’à u mio percorsu ritornu, è u trenu era pienu à tappu. Quellu di 18ore12 era sempre pienu zuffulu, chì era un direttu. Tuttavia, u so usu era di piantà a so marchja è di staziunà à a scimesca una stonda, senza nisun raghjone. È quellu di u vinticinque di nuvembre ùn trasgiattò micca quessa regula. Puntighjò d’un colpu. Mentre chì a ghjente ne era assicata, eru à contu meiu propiu stumacata, chì, ghjustu davanti à a porta contr’à a quale eru aghjacchita, mi surridia u fiore. Tandu, messi in marchja u sistema d’apertura di a porta, è per furtuna, ella ebbi a cumpiacenza d’apre si. Saltaiu nant’à a via, abbandunendu i mio corcii cumpagni di viaghju è scappaiu scuntenta di a pressa. Decidìi di suttrae mi à u so sguardu, senza ascoltà i so stridi d’avertimentu, è di piattà mi aspettendu a partenza di a mansa farràgliula. Sola, m’attruccaiu currendu versu u locu duve a pianta avia decisu di sbuccià. Inticciavu contr’à i raglii è inciampavu in u balastru, nant’à ste petre irregulare chì rutulavanu sott’à e mio sole.
Ella era custì, vedevule à discàpitu di u ghjornu chì s’abbrucava. Ùn m’era pussibile d’aghjunghje la faciulmente, ancu aizendu mi à punta di pedi. Ma eranu numarose e scaffe nant’à stu muru à spalline in risaltu. Mi scuchjaiu, è incù u mio timperinucciu, pruvaiu di slughjà u mio fiore cun primura, appinzendu mi in particulare à e so radiche. Si sbrisgiulava a petra maestra, è pianu pianu allargaiu l’inzecca è scavavu cun ustinazione. Ùn ci vedia tantu, è incù una sola manu, m’agghjachia. Scendia assai spessu di u mio appollu per arripusà musculi meii, apprumettendu mi d’adempie oramai e mio stonde cutidiane d’addò è di summove pesi per rinfurzà i mio tinti talamoni, più abituati à manighjà una tastera ch’e à suspende u mio essàre sopr’à u viotu. Per fine, staccò a pianta à a so ganga di cimentu in un brionu di vittoria meritatu. Fù cun scialu ch’o scappaiu di e vie per vultà in gara. Mi tricava di ritruvà u mio lughjamentu per offre li un ovu di terra degnu di a so bellezza.
 
Mentre parechj ghjorni, ella sembrò stimà, rigalendu e so tinte à a mio casa sana sana, chì si sparghjianu, culurendu u vasettu, u tavulinu, e tende, i muri di a so forza vitale. Ma una mane, chì eru carca d’una sperenza nova, rilivaiu qualche macagne grisgiogne nant’à e so carine fronde. Cosa chì pighjurò sempre di più in i ghjorni siquenti. Nunda ùn a pudia parè, ne u mio amore, ne e mio preghere, ne e mio cure… Ùn piantavu di luttà, scambiendu la di locu, di vasettu, di terra, dumandendu mi s’ùn duvia micca piuttostu ricute quella di u so locu di nascita… Ma si sparghjia u grisgiu, sempre più stintosu è insidiosu. Trafalava spietatamente. Dapertuttu. Nant’à mè, è nant’à u mio universu… Duvintava pulvera mentre chì a mio pianta si ne muria.
Perchè ? Perchè ? Perchè ?
Ùn eri micca felice dentru quellu tufone bughju, dentru quellu milingu astrusu, mentre chì i treni, à ogni passaghju, risicavanu di strappà ti a to bellezza ? Ci vulia ch’o ti sterpi di custì ! Eri crisciuta per furtuna, è u mio duveru, à mè, era di salvà ti, di fà esce ti da custì ! Perchè cumu perchè ti ne more ? Vogliu a to luce ! Sò in brama di a to forza ! Quella ch’e tù porghjia à questa muraglia schiffosa è stumachevule. Perchè a mi a ricusa à mè ? Ti ci vole  a guffura per prusparà ? Ti ci vole a morte per vince la ?
Ma u grisgiu runzica u to vittu, runzica u mio vittu. A punta di i mio diti diventa di cènnara avà, a mio capillera s’affoca, e mio vene ùn scumpartenu più ch’e un sangue fracicu, è spiu a calìsgina ultima di a to vita ch’o suchju cun ingurdizia per indusgiulà a mio sicchera è u niente, giru in tondu cume e to ràdiche in u to vasettu.
Abbandonu.

[Traduzzione fatta da Pedru-Felice Cuneo-Orlanducci].


              



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Anima Cappiata !

Torna altri rumpistacchi chì ci impuzzicanu incù i so testi, vulendu propiu esse letti per sperà ottene una qualunque gloria ch'elli ùn anu micca in a so vita viota è senza intaressu. Bon... forze chì ghje vera. Ma ci n'impippimu. È pò, a mi diciarete, bloghi litterarii, nant'à a tela, è sopra tuttu nant'à a tela corsa, ci n'hè ghjà à buzzeffa ! Tanti scrivanetti pumposi ! È bè tantu peghju ! O tantu megliu ! Hè solu una vitrina di più per fà scopre qualchi testi scritti, senza pritenzione, incù u core, incù e trippe, o incù e viscere chì vi cunveneranu...