Bloggu litterariu corsu

u 12 d'Utrovi 2013 - scrittu dà - lettu 164 volte

Château d'encre


Château d'encre
Il est usé du tréfonds Gabs, dans son pavillon usé, lui aussi.
Instinctif, il sait n’être qu’un mort à crédit, un sombre para-vie. C’est samedi soir, seul, comme de juste. Alors, quand l’heure est si avancée que les temps se confondent; il s’imagine léchant ses couilles devant la reine d’Angleterre, son nuage de lait, son thé. Un délire salvateur…
Gabs
 - C’est pas de la pisse de mangouste ça, votre seigneurie !
Reine :
 - Oh no, it´s a cup of tea !
Gabs :
 - Vous voir drinker your cup of tea est aussi précis que voir un chinois bouffer son dernier grain de riz !
 
Il fait jour, depuis quand ? Il se lève, envie de pisser, tousser, cracher, bouffer…
Une sombre journée comme il les aime. Ce sentiment de bien-être quand la couverture grise enveloppe tout, les épanouis et lui… Alors il scalpelise ses mots sur de vieilles enveloppes éventrées, pour les noircir jusqu’à la fibre. Il écrit le bougre, il écrit noir, de l’illisible…
Il écrit comme arraché à tout – sa famille – l’amour… Au fond il sait ne pas vouloir être lu…C’est méritoire ; plus qu’un don de sperme…
 
On frappe à sa porte, son cœur s’emballe portant l’écho jusqu’à son crâne… Tressaillement spécifique des réels solitaires. Un petit rond, propre sur lui, la lunette sérieuse, tient des documents entre ses doigts boudinés…C’est surréaliste ça, pense-t-il, il atterrit d’où, ce prototype de l’administratif consciencieux… Je suis sur que 2 ou 3 fois par semaine il mange du cassoulet en boîte en regardant ses relevés de compte…
Il le note, et il était notable que c’était un notaire. C’est le choc, de ceux qu’on n’attend pas, moins encore que voir un rabbin distribuer des liasses à des goys pauvres – il va même devoir voyager…
 
Hongrie, Gabs est fasciné par le paysage, peu de relief, la steppe à perte de vue, des blocs de glace dérivent dans le Danube. Il doit se rendre à Tura, il n’en revient toujours pas, ça végétait sec, voilà qu’un rebondissement incroyable le projette dans une sphère vitrifiée.
Il aime cette fraicheur vivifiante, la politesse timide des habitants, la couleur de l’air. Lui, descendant des Schossberger…non mais ! Des vieux murs tombent des morceaux, les pas résonnent dans les longs couloirs. Gabs a hérité de ce vieux et immense palais néo-renaissance. Un oncle, dont il ignorait l’existence, descendant du baron Sigismond Schossberger lui a tout laissé… Sa fortune le palais, les terres, vignobles… En prime, une maison d’édition avec sa cellule de production "d’objets" livres… Si c’est pas beau ça, le hasard qui monte de bas en haut…
Il en baiserait, le bougre, à se demander si les hongroises sont épilées ou, bien fournies – dans les 2 cas il en bande d’aise ! Hongrois rêver !
Impressionnant manoir, ce lieu en a vu des choses, c’est certain…
Un puits de lumière, une verrière, la mezzanine au-dessus du hall d’entrée et un habile jeu de miroir, voilà beaucoup de luminosité à l’intérieur.
On lui raconte l’histoire du château, construit entre 1873 et 1883, des officiers allemands l’avaient habité pendant la seconde guerre mondiale. Puis ce furent les soldats soviétiques, d’une vermine l’autre…
Ici il compte relancer sa vie, l’amour, écrire et se diffuser…
 
Après quelques jours de travaux il a ses appartements fort blanchis, une historienne hongroise, dans son tailleur classique, prend des notes.
Désormais, il se sent reluire dans le regard des autres, les effets collatéraux de l’argent, c’est tristement bon…
Cette historienne est belle, intelligente, elle a une grosse touffe, comme de la laine, chatte laine ; penser passer une vie avec une touffe l’étouffe… Il y a cette décoratrice d’intérieur, épilée, physique porno chic… Non, il se dit qu’elle a du en prendre des kilomètres ; ça met trop de distance entre l’image de son éventuelle compagne et lui – au fond il se trouve très bien seul, il leur fera des cadeaux onéreux, ça devrait suffire pour baiser sans arrières pensées. Ce qui le tracasse c’est l’écriture, il a peur que ses mots s’embourgeoisent, s’arrondissent, putain ça lui noue les tripes…
Aujourd’hui il fait accrocher du basilic partout dans le manoir, il teste, pour voir l’impact ou non sur ses mots…
Et du vieux bourbon, pour titiller ses instincts…
 
Extrait de ses écrits du jour :
 
… Le manoir me convulse, me décroche, les bruits de bottes… Les relents de vodka frelatée…
J’accroche les coussins de soie sur des crocs à viande, je colle les vases au plafond… Quand je baise sur le dos ça plante le décor - nichons-fleurs-cul-fleurs…
Ces murs me sondent, radioscopique, plus de médecins, jamais… D’en haut je vois les grands arbres, les murs de fleurs, la vigne, tout m’envoie des ondes charismatiques, m’élève…
Les morts ayant vécu ici viennent se raconter, au crépuscule. Cela arrive plusieurs fois dans le mois. Ces moments figent espace et temps, des clés célestes, des lignes hameçonnées qui rattrapent les vies passées…
 
Il relit le début de son roman, 50 pages frappées de lettres, il les range dans un mouton pendu par les pattes arrières, ouvert en deux (dépecé vidé), chaque mouton reste 3 où 4 jours, puis est mangé par les employés, ou donné aux plus nécessiteux.
Il aime voir ses mots faire corps avec la viande, joli balancier.
 
Évidemment, des changements inéluctables s’opèrent dans sa perception des ressentis.
Un soir il écrit sur le dos et les fesses d’une maîtresse endormie des phrases fulgurantes, il en est tout secoué…
« Tu ne te lavera pas avant que je te le dise ! Tu es une parcelle de mon œuvre… »
Il pense même à tatouer un roman entier sur des femmes nues ; ça ne serait pas à la portée de toutes les bourses. Il pense à des obèses, pour les chapitres plus longs…
Puis il largue l’idée, il imagine que des pervers illettrés pourraient commander le roman…
 
Il promène dans la vigne. Le Tokaï, vin issu de raisins jaunes mûrs est vendangé, il donnera un vin blanc, cépage : Sárgamuskotály.
Il aime sa vigne, elle est vivante jusqu’aux racines.
Il se rend à la cave, les fûts de chêne, les odeurs, la pourriture noble…
Havane, volutes bleutées, vin blanc frais, sa maison d’édition prospère, son roman s’étoffe ; vie sexuelle pyrotechnique…
Le château semble saturer, les orgies font tout vibrer, jusqu’aux pensées des fantômes… Il va y mettre un terme…
 
Gabs a édité son livre. Les ventes cartonnent dans le monde entier. Désormais, il écrit furieusement sur les murs du manoir. Il ne sort plus, même pas aux fenêtres. Il intègre sa création. Il ne dialogue plus qu’avec les fantômes…
Ces derniers le remercient, ils ont enfin accès à de la littérature, pour des raisons techniques ils ne peuvent lire un livre…
Il reçoit un courrier l’informant que son roman est dans la liste des prétendants au Goncourt…
Extrait de sa réponse :
 
……………………………………………………………………vous me feriez grande joie à venir dans mes lieux, des plumes de paon partant de vos fesses. Avec moult révérences, du haut vers le bas, et en gloussant – glouglou glouglou glouglou… Ça fait rire les fantômes, pour cela grand merci………. Cela vous rapporterait à chacun un lingot d’un kilo, un grand cru, et vous pourriez même lire mes murs.
Mais au préalable, veuillez retirer immédiatement mon livre de cette liste… Croyez-moi, sans cela, je déclenche les enfers……………
 
Gabs
 
Intellectuels, critiques, politiques, people… paient des fortunes pour venir lire les murs gravés à la pointe de charbon. Un portique détecteur de métaux est placé à l’entrée, interdiction de filmer, photographier, écrire ; les clients sont plus fouillés que dans les grands aéroports américains.
Ces privilégiés fortunés n’ont jamais rien lu d’aussi habité, d’aussi criant, ni vécu pareille expérience…
Tout cela alimente le mystère grandissant autour de Gabs, des disciples prétendent que de l’encre noire coule dans ses veines – que certains soirs il vole vers la lune – qu’il peut féconder des femmes à distance…
 
L’encre a coulé dans les presses, filons des éditeurs. Gabs est tout prêt d’achever son œuvre, au grenier… Le tout retranscrit sur papier donnerait un million de pages – des années de rage…
 
Selon sa volonté, Gabs a reçu une thanatopraxie définitive, il est crucifié pour toujours, comme une ponctuation finale à son texte ; au grenier, entre deux mondes.
Ses volontés sont scrupuleusement appliquées, une partie des recettes de lecture servira à faire tourner ses affaires, une part de l’argent versé par les riches clients ira à des prolétaires qui liront une partie de l’œuvre…


              



Dà leghje dinù

Heure H comme Haine - 10/10/2017

Haro sur la miss - 22/09/2017

Panique - 05/04/2017

Cœur de pierre - 12/03/2017

L'esprit des lois - 02/08/2016

Gordon Evans - 20/06/2016

Triptyque - 26/05/2016

Alice - 31/03/2016

Alep I love you - 18/09/2015

Je l'ai connu - 29/05/2015

Ponte Novu - 15/05/2015

1981 - 18/03/2015

Section 84 - 10/12/2014

​Armistice - 14/11/2014

Le passant - 25/10/2014

Ponte Novu - 17/10/2014

Le demi-pas - 23/09/2014

Mada et Veè - 05/09/2014

Neptudi - 24/07/2014

Commis d'office - 21/06/2014

Ultime étreinte - 16/06/2014

La Fée verte - 14/06/2014

Le sniper - 26/05/2014

Amour explosé - 20/04/2014

La mort de mon père - 02/04/2014

Ursule Dupont - 01/04/2014

1 2 3

Negru | Rossu | Biancu | Ghjallu | Critica | Feuilleton




Anima Cappiata !

Torna altri rumpistacchi chì ci impuzzicanu incù i so testi, vulendu propiu esse letti per sperà ottene una qualunque gloria ch'elli ùn anu micca in a so vita viota è senza intaressu. Bon... forze chì ghje vera. Ma ci n'impippimu. È pò, a mi diciarete, bloghi litterarii, nant'à a tela, è sopra tuttu nant'à a tela corsa, ci n'hè ghjà à buzzeffa ! Tanti scrivanetti pumposi ! È bè tantu peghju ! O tantu megliu ! Hè solu una vitrina di più per fà scopre qualchi testi scritti, senza pritenzione, incù u core, incù e trippe, o incù e viscere chì vi cunveneranu...