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u 7 di Ghjenaghju 2015 - scrittu dà Michel Mozziconacci - lettu 538 volte

A rivredda di Natale


A rivredda di Natale
Avec son tisonnier, elle remua les braises à petits coups saccades. Au-dessus du feu, la viande grésillait tout doucement. Allons ! Les boyaux avaient perdu toute leur eau et avaient bien résisté à la chaleur, sans se casser. La cuisson suivait son cours, le réveillon s’annonçait sous les meilleurs auspices.
Pour la première fois, cette année, elle avait décidé de renouer avec une tradition en voie d’extinction, celle de la rivredda, cette sorte de grosse brochette d’abats de cabri entoures de la crépine qui enveloppait l’estomac du jeune animal, le tout solidement sanglé par les boyaux minutieusement laves et essores. L’origine de ce met se perdait dans la nuit des temps, à l’époque, certainement, où ils constituaient avec a tripa piena (panse d’agneau farcie du sang de la bête relevée d’oignons et de divers aromates) les seuls mets festifs laisses aux misérables bergers du sud de l’île par les sgio, propriétaires des troupeaux et des pâturages qui se régalaient, eux, de la chair délicate du jeune animal.
Il faut dire que même si elle avait tout au long des Noëls de son enfance entendu parler de cette pratique par ses grands-parents, elle n’avait jamais eu l’occasion d’y gouter, tant la coutume s’était perdue dans ces années d’après-guerre où les corses se débarrassaient de leur culture en même temps que de la misère et rejoignaient par bateaux entiers la société de consommation continentale.
 
Elle même, élevée dans les brumes du Val de Marne par des parents enseignants et revenue à O… il y a seulement deux ans avec son mari continental et ses enfants n’avait été initiée à cette culture gastronomique que par le boucher du village installé à peu près à la même époque après qu’il eut convolé avec la fille du boucher de son enfance, le vieil Antò Batista. Ce dernier avait d’ailleurs sauté sur l’occasion pour prendre une retraite bien méritée. Il faut dire qu’il était attachant Pierre Paul Andreolli puisque tel était son nom avec sa rondeur bonhomme sanglée dans son éternel tablier blanc, son parler aux intonations des montagnes de l’Alta Rocca dont il était originaire et ses éternelles bougonneries. En effet, tout pour lui était prétexte à rouspétances : le temps, bien sûr toujours où trop sec où trop pluvieux où pas assez chaud où trop froid, son épouse sensée le rejoindre chaque jour à onze heures pour l’aider lors du coup de feu de midi mais qui n’arrivait toujours qu’une bonne demi-heure plus tard après maints bavardages intempestifs avec toutes les personnes qu’elle pouvait rencontrer sur son chemin, son bon à rien de beau-frère toujours prêt à resquiller une tranche de saucisson, son éternel sourire goguenard aux lèvres et ses blagues à deux balles… Présentement son sujet de discussion principal était sa mère hospitalisée à l’hôpital d’Ajaccio et qu’il devait aller visiter tous les après-midi après avoir fermé sa boutique et déjeuné hâtivement sur le pouce.
« Si je devais compter sur mon frère qui est pourtant plus disponible que moi. »
 
Dès son installation, il avait ambitionné de faire redécouvrir à la clientèle ces recettes ancestrales qu’il remettait au gout du jour dans son laboratoire, l’après-midi quand la boutique était fermée. L’intérêt qu’elle avait manifesté pour cela, elle si avide de Riaquistu depuis son retour, lui avait valu le rôle de goûteuse patente, ce qui lui permettait en outre de parfaire sa connaissance de ce monde pastoral qui la fascinait depuis toujours et qu’elle projetait de mettre en scène dans un prochain roman.
Et force était de constater que l’opération était en voie de réussir ! Ainsi, l’été dernier, il avait eu la fierté de servir une trippa piena de brebis à un mariage people de 400 personnes à Porto Vecchio ! Elle s’était spontanément offerte à l’aider et cela resterait un grand souvenir ! Un invité, grand chef étoilé de la capitale, enthousiasmé par la chose avait jeté les ponts d’une collaboration qui devrait déboucher sur la diffusion à grande échelle de cette gastronomie sur le continent français tout d’abord, puis pourquoi pas ailleurs ?
Et là bien sûr, l’homme de l’art, jamais satisfait se répandait en, interminables diatribes sur ce satané bout de mer si difficile à franchir, ces grevés à répétitions de ces feignasses de marins et postiers qui finiraient bien par lasser son partenaire… et surtout, surtout, la pénurie de matière première qui de manière inéluctable, deviendrait un frein à toute expansion de l’entreprise.
« Que voulez-vous ? Les jeunes aujourd'hui sont attirés par l’argent facile et ce n’est pas vraiment l’élevage qui va le leur apporter ! Et puis, avec toutes ces résidences secondaires qui poussent un peu partout de manière anarchique, il faut avoir envie d’avoir des chèvres, ces satanes animaux sans foi ni loi qui ne connaissent ni clôtures ni limites de pâturages. »
 
La viande grésillant de plus belle, elle l’ôta prestement du foyer et s’employa à rehausser les supports du broccu d’alivu taddatu à a luna. Il ne fallait pas en effet laisser saisir trop vite cette chair si délicate et surtout bien l’humecter de salamoghja, ce mélange de diverses herbes du maquis mises à mariner la veille dans un dosage précis de vin rouge et de vinaigre.
Avec la venue de sa belle-mère du continent, ce repas de Noel se devait d’être une parfaite réussite qui reposait presque entièrement sur ses frêles épaules de maîtresse de maison et elle était consciente que ses moindres choix, faits et gestes seraient minutieusement scrutes et largement commentes en son absence.
« Bah ! lui avait dit en riant son amie Emma à qui elle avait l’habitude de confier ses doutes et ses angoisses, dis-toi que cette année, tu auras la dinde de Noel à table et non pas sur la table ! Chacun son tour »
Enfin, ça devrait tout de même être un bon moment convivial, chacun ayant passé une à-peu-près bonne année. Et ce malgré le climat social morose de l’île. En effet, la grave crise financière qui secouait le monde avait atteint l’ile et était venue ajouter ses effets aux problèmes récurrents de transport, véritable entrave à tout développement économique. De plus, après la vague d’arrestations de l’été dernier, les mouvements clandestins avaient rompu leur trêve et les plasticages reprenaient de plus belle. Pour ajouter encore à ce climat délétère, une mystérieuse affaire secouait le landerneau local depuis plusieurs semaines. En effet, trois nourrissons avaient disparu de la maternité de l’hôpital de la Miséricorde à Ajaccio. Les bébés avaient été subtilisés dans l’après-midi quand les mamans faisaient leur sieste et que les personnels soignants prenaient quelques moments de repos avant la recrudescence de travail de la fin de journée. La piste de la filière rom était privilégiée. Lors de leur conférence de presse conjointe, le commissaire Prudenti et le procureur Jacuzzi avaient révélé que des individus appartenant à la population incriminée avaient été vus rodant autour de l’hôpital.
 
Les éclairs de lumière bleue filtrant à travers les persiennes finirent par la réveiller. Elle était délicieusement alanguie dans la torpeur cotonneuse des lendemains d’excès, quand la tête et l’abdomen lestés de plomb protestent à l’unisson contre les mélanges improbables de nourritures et d’alcools de la veille. A côté de son mari qui ronflait allègrement, elle se remémorait les moments forts du réveillon. Les choses ne s’étaient, somme toute, pas si mal passées. La rivredda avait soulevé l’enthousiasme de tous les convives qui avaient unanimement apprécié le contraste de l’onctuosité de la viande et du craquant des boyaux. Les enfants avaient apprécié leurs cadeaux et l’habituel échange entre adultes de livres qu’on ne lirait pas, de parfums qui seraient oublies dans le fond d’armoires de salles de bain et d’écharpes qui finiraient au secours populaire s’était déroulé dans une relative bonne humeur. Seul petit incident, Célestin, son aîné en pleine crise d’adolescence, le Saparale aidant, s’était levé brusquement au milieu du repas et étendant le bras en un comique pastiche de salut nazi, avait juré de jeter des tomates à Marine Le Pen si elle avait un jour l’outrecuidance de vouloir mettre les pieds dans l’île, et ce sous le regard désapprobateur de sa grand-mère alsacienne, chrétienne rigoriste aux idées bien tranchées.
Ce ne fut que lorsqu’elle ouvrit ses fenêtres qu’elle s’aperçut que les éclairs de lumière bleue ne venaient pas des illuminations de Noel mais des gyrophares des trois voitures de police garées devant la boucherie.
Elle apprit plus tard que suite à un appel anonyme, les corps des trois bébés disparus avaient été découverts dans le congélateur du magasin. Corps presque entiers. Ne manquaient que les viscères…


              



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